‹ Théâtre completChapitre 55 sur 146 · BERNARD, LE CHEVALIER, MARCASSE, TOURNY, PATIENCE, EDMÉE, M. AUBERT · texte numérisé non relu

BERNARD, LE CHEVALIER, MARCASSE, TOURNY, PATIENCE, EDMÉE, M. AUBERT

LE CHEVALIER

Ma fille!

BERNARD, au fond.

Edméel

LE CHEVALIER

Imprudente!

M. AUBERT

Je n'ai pu m'opposer à son dessein.

EDMÉE, à sou père.

Il faut sauver Bernard à tout prix. Devant vous, permettezmoi, mon père, de l'essayer.

BERNARD, s'approchant.

Non, Edmée. Épargnez à votre pilié un soin inutile; je vous vois... vous êtes sauvée... c'est tout ce que j'osais demander à Dieu. Mais ce n'est point par moi que vous pouvez être heureuse. J'ai assez de la vie! vrai, j'en ai assez, et je remercierai les hommes qui travailleront à m'en délivrer.

Mais notre honneur, monsieur!

BERNARD

C'est parce que je le respecte, monsieur, que je ne partirai point comme un lâche. J'attendrai mon sort sans descendre à me justifier, mais sans niavilir jusqu'à la honte de fuir de* vantle hasard des jugements humains.

LE CHEVALIER

Bernard! nous sommes enfin seuls avec nos amis; écoutezmoi donc. Depuis ce fatal événement, nous avons tous beaucoup souffert. Eh bien, je reconnais que vous avez montré une grande fermeté, el que vous ne vous êtes abaissé à |iucune plainte contre le sort, à aucun reproche contre les hommes; votre altitude a grandi votre caractère à mes yeux ; si vous êtes criminel, vous n'êtes pas un criminel vuigaiie, et je retrouve en vous la vigueur de notre race... .Mais je ne puis accepter, moi, que- votre sang retombe sur le- cœur de ma lille qui vous plaint, et sur le mien qui vous a aimé. Il faut donc m'obéir, Bernard, il faut paitir! Dieu est partout, et partout sa bonté accueille le repentir, surtout celui de la jeunesse! Voyons, répondez, et promettez... Ne ni'enlendcz-\ous pas?

PATIENCE, a Ili>rnnrd, ([ni rosto absorluj.

Bernard, h lïdies-vous ('\[)rrs, de vous taire? Oh! jo vois bien où le chagrin vous tient. Vous ne pouvez pas par.ioiuier le doute qu'on fait de vous! C'est un reste d'orgueil, ça] Eh bien, vous avez eu des torts dans le temps, et vous en portez la peine! Acceptez-la comme une punition, mais no la faites pas plus dure que vous ne la méritez. Allons, défends toi! tu n'as jamais senti le joug sur ton front, et la courroie te blesse! mais laisse couler l'injure! c'est de l'eau troublée par l'orage qui s'éclaircira au soleil de la vérité !

]\Ierci, ami!... Mais elle! Allons, mon cœur, du courage... Edmée, m'ordonuez-vous de fuir? Oui, puisque vous êtes accourue ici... C'est vous, vous surtout, qui n\e croyez coupable!

EnMÉE.

Bernard^ vous pouvez partir traniiuille, nos vœ'Ux vous accompagneront.

LE CHEVALIER

El nous prierons pour VOUS.

BERNARD

0 famille! saintes douceurs! pitiés angéliques!... c'est plus que je ne méritais, moi qui les ai fait tant souffrir! Sois humble enfin, cœur avide des délices du ciel! Pourquoi n'as-tu pas- su t'en rendre digne?

M AU CASSE, à Edraée.

L'heure!...

EDMliE.

Partez, Bernard; ne soyez pas sourd à mes prières.

BERNARD

Moi, sourd à vos prières? 0 Edmée! savez-vous où nous sommes? Voyez! la destruction, qui a tout bouleversé ici, doit rendre pour vous ce lieu méconnaissable; mais il est rempli du plus terrible et du plus doux souvenir de ma vie! C'est ici que vous avez été amenée captive, et jetée comme une proie dans mes bras! C'est là que vous vous êtes agenouillée pour me demander de vous tuer ou de vous suivre ; c'est à cette place où vous voilà que vous m'êtes apparue, non plus comme une femme objet de mes désirs farouches, mais comme un ange que protégeait une céleste auréole. Oh ! c'est ici que j'ai ressenti, rapides et bradantes comme la foudre, les premières atteintes d'une passion qui devait à jamais disposer de mon sort. C'est ici, pauvre Edmée, que je vous ai vendu votre honneur au prix d'un serment. Je croyais alors vous offrir un grand sacrifice : aujourd'hui, je lésais, ce marché devait me rendre odieux! à cause de ce crime-là, vous n'avez jamais pu m'aimer ! Je m'en croyais assez puni, hélas I mais savoir qu'un autre.... oh!... cela... oui, cela était audessus de mes forces.

Il éclate en sanglots.

EDMKE.

N'achève pas! Si tu as eu le délire, si, pendant un instant, tu as perdu la conscience de tes actions, je ne veux pas le savoir. Moi seule, d'ailleurs, ai le droit do te condamner ou de t'absoudre, et, si c'est là un crime, l'amour, que Dieu III 7

a fait loul-puissanl comme lui-même, en doit être le seul juge-

BERNARD

L'amour?...

EDMÉE

Oui, Bernard! je t'ai toujours aimé! Je t'ai aimé dès le premier jour, avec tes défauts, avec ton ignorance, avec tes fureurs! si je ne te l'ai pas dit alors, c'est que je craignais de le voir... (montrant son père), lui, malheureux par ta violence et par ma faiblesse. Je l'ai donné des leçons bien dures... elles m'ont fait plus de mal qu'à toi ; pardonne les blessures que tu as reçues de la sœur et de la mère, et, puiscjne ni le temps ni le malheur n'ont détruit ton amour, puisque le mien a rendu ta domination légitime, vois l'amante contre ton cœur et l'épouse à tes pieds!

Elle se jeile dans ses bws cl se laisse glisser à ses jienoux. Bernard la relève avec Ifirnsport.

Relèvo-toi, ma noble Edmée! celui (|iio tu aimes est digne de toi! Oh! à [)résent, je pourrais mourir sans me plaindre; mais je veux vivre, je vivrai! je vaincrai la destinée. Je sens bouillonner en moi comme une lave les transports de joie de la dignité humaine et de la force triomphante! (Avec exaltation.) Ruines maudites! vous vous relèverez sous une main puissante et pure! Je suis le rejeton vigoureux qui montera vers le ciel, tout gonllé d'une sève bénie, et dont le vaste ombrage étoutiéra les hideux souvenirs du passé! Moi, fuir? Allons donc! Au nom du Dieu vivant, je jure que j'ai horreur du crime dont on m'accuse!

LE CHEVALIER, étendant la main sur la tête de Bernard.

Enfin..., ceci est l'accent de la vérité.

Avant la fin de cette scène, à laquelle ils viennent prendre part, Patience et Marcasse ont été plusieurs fois vers le fond, ou sur la plateformCi avec uu redoubleœeul de préoccupation.

MAUPRAT Ul

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