SARAH MELVIL, LE DUC DE TREUTTENFELD, LE COMTE GÉRARD DE BRUMEVAL
LE DUC, à Sarah, à laquelle il donne le bras en lui tenant son ombrelle. Ils entrent en marchant; Gérard les suit, portant un fusil de chasse.
C'est là leur prétention, et...
GÉRARD, l'interrompant.
Ah!. voici enfin de l'ombre... et un chalet.
LE DUC
Et c'est pour ça que je plaide!
SARAH, distraite.
1^0 ur ce chalet?
I,E QUC.
Nqii! la prtMfiiition dp ce Kolo^rigOnt
PLAMIXIO *19
SARAH, quittant son bras.
Pardon! je suis un peu fatiguée... (à Gérard, en s'asseyant) de cette histoire.
LE DUC
Ils ne peuvent pas me contester mon nom et mon titre. Il n'y a pas d'autre duc de Treuttenfeld que moi. Mais cet Olibrius... ou Démétrius de Kologrigo, un Morlaque, qui se fait appeler M. le comte, je ne sais pas pourquoi...
SARAH, sans l'écouter, à Gérard.
Eh bien, où est donc ma belle-sœur ? Elle nous suivait.
LE DUC, sans se déconcerter et s'asseyant.
Il se porte créancier de la succession pour des sommes fabuleuses, sous prétexte que son aïeul, qui était une espèce de pirate, je vous en réponds, avait prêté à mon aïeul do quoi racheter son duché, perdu au jeu du temps de Marie- Thérèse. Je plaide la prescription et il a ga^né en Allemagne. Mais je trouve moyen de transporter le débat à Paris, à cause d'un hôtel.
GÉRARD, à Sarah.
Patience! nous approchons de la fin.
LE DUC
Voilà le grand avantage d'être un peu cosmopolite.
SARAH, ennuyée.
Ah ! vous êtes cosmopolite ?
GÉRARD, bas, il Sarah.
Imprudente! Il va reprendre son histoire au déluge.
LE DUC
Je vous l'ai déjà dit.
SARAH , vivement.
Ah ! c'est vrai, oui, oui ! ,,
LE DUC
Mais je recommence.
SARAH, à part.
Miséricorde !
LE DUC
Vm mon pèpp, Aiignstp 'lo Troiiitonfeld, avait épousé nnp
actrice française. Abandoniiô et renié de sa famille pour ce fait, il vivait sans bruit à Venise. J'y suis né; me voilà donc Allemand par mon père, Français par ma mère, Italien par ma naissance, et parlant avec facilité ces trois langues.
SARAH, à Gérard.
Ah ! s'il pouvait n'en parler aucune !
LE DUC
Orphelin et sans fortune, ce cosmopolitisme m'a mis à même de me tirer d'alfaire tant bien que mal, souvent assez mal, jusqu'au moment où mon propre oncle, le duc régnant Max de Treuttenfeld, se laisse mourir sans autre postérité que moi, pas plus tard que l'année dernière. C'est alors que... (So levant.) Mais je songe que j'ai des lettres à écrire, et qu'il faut que je sois à la ville avant le départ du courrier; c'est ce qui me prive de l'honneur d'une plus longue rencontre avec vous. Sans cela...
SARAH
Oh! ne vous dérangez pas, monsieur le duc; nous serions désolés...
GÉRARD, à son groom, qui entro cliargé de plusieurs objets, une pelite malle, un nécessaire, des manteaux, etc.
Bien ; pose tout cela ici, et va déballer les vivres.
Le groom pose les objets à la porte du chalet et sort. SARAH, bas, à Gérard.
Ah ! ciel ! vous parlez de manger, il va rester.
LE DUC
Un beau pays, n'est-ce pas, que la Savoie? Vous y êtes pour toute la saison des bains?
SARAH
Non ; nous partons dans trois jours, et voici notre dernière excursion.
LE DUC
Un dîner sur l'herbe... près d'un chalet? Bonne idée, en cas d'averse. Le temps menace, je ferais peut-être bien d'attendre.
FLAMIXIO 121
r. ÉUAnn, vivement, h. Sarah.
Vous ne comptez pas dîner avant deux ou trois heures d'ici, n'est-ce pas?
LE DUC
En ce cas, merci. Ça me retarderait trop, et il n'y a pas de courtoisie qui tienne contre les nécessités d'un procès. Milady Melvil, je vous baise les mains; mes hommages à miss Barbara Melvil.
Il s'en va par le fond à gaudie.