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SCÈNE X

GÉRARD, SARAH, p„is BARBARA, RITA et le Groom,

apportant les provisions et les ustensiles pour le dîner.

SARAH, entrant la première.

Vous n'èles pas venu voir pécher ?

GÉRARD

Vous ne rav(v. pas voulu, ce me semble.

SARAH

Nous étions brouillés; je vous attendais! Mais, puisipie la montagne ne veut pas venir à Mahomet...

Elle lui tend la main.

GÉRARD, lui baisant la main avec froideur.

Vous êtes mille fois trop bonne.

SARAH

Allons! déridez-vous; oublions une sotte querelle, et restons amis. On apporte les provisions. Faites-nous dîner gaiement. Ordonnez la fête !

GERARD, froidement au groom et en remontant.

Servez 1 (a Barbara.) Eh bien, avez-vous pris...?

BARHARA, triomphanle, montrant un panier.

Doux carpes, d'une coup de fiousil !

GliRARD.

Douze?

SARAH

Non, deux!

BARBARA, donnant le panier à Rita.

Voilà! le habitante du chalette, il aidera nous.

SARA H, assis à gauche.

Non, viens ici, petite. Je l'ai prise en amitié^ et je veux encore causer avec toi. Voyez donc, Gérard, comme elle est jolie! Elle s'appelle Rita, et elle n'a que quinze ans. Elle est artiste et bergère. Elle danse très-jolinient à la manière de son pays, et, avec ça, elle est d'une naïveté charmante !

GÉRARD, préoccupé.

Peut-être.

Comment, peut-être? Vous allez voir. Tu dis donc, Rila, que tu es déjà fiancée ?

RITA

Oui, madame; du moins, je crois bien que je suis aimée.

SARAH

Il n'y a toujours pas longtemps ?

RITA

Il y a bien quinze jours.

GÉRARD

Et ça durera?

RITA

Dame ! comme ça doit durer : toute la vie,

SARAH

Ah ! vous voyez ! la vérité sort de la bouche des enfants.

GÉRARD, à Rita.

Vous faites bien, mon enfant, d'enseigner à madame comment on doit aimer, car je vous assure qu'elle ne s'en doute pas du tout.

RITA

Ah bah I vous badinez ! Vous êtes son mari, je gage?

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Dieu merci, non !

RITA, regardant Barbara, qui s'est assise à droite.

Alors... Oh non ! vous êtes le fils à celle-là.

GÉRARD

Hélas! non ; que ne suis-je assez jeune!...

BARBARA, riant.

Oh ! très-galant, beaucoup aimable !

SARAH, il Rita.

El ton fiancé te dit qu'il t'aimera toujours, qu'il n'aimera que toi ?

RlTA.

Non, il ne dit pas ça ; mais il dit qu'il m'aime bien, et il m'appelle sa petite sœur. Oh! dame, il est pour moi comme un vrai frère !

GÉRARD

Et tu l'épouses, quand?

RITA

Je ne sais pas. Je suis trop jeune pour me marier, vous voyez bien, et, quand j'ai dit à mon oncle (je n'ai que lui de famille) : J'aime quelqu'un^ il m'a répondu : « Bah ! c'est trop tôt. »

SARAH

Et lui, qu'est-ce qu'il dit?

RITA

Il dit la même chose : « C'est trop tôt. » Mais, comme ça me fait pleurer, il me dit ensuite : « Attends que j'aie fait fortune. J'irai au loin et je reviendrai dans trois ou quatre ans. »

SARAH

Alors, te voilà tranquille ?

RITA

Oui, puisqu'il reviendra !

GÉRARD, à Sarah.

Elle est charmante, en elTet. Elle ne réfléchit pas, elle ! elle croit!

SARAH, se levant.

Ah ! n'a pas la foi qui veut !

RITA

Allons, je vas vous chercher de la crème. (Elle pousse la

porte du chalet et jette un cri.) Ah ! mon Dieu ! (Se retirant.) Qu'esl-

ce que c'est donc que ce monsieur-là ? ('Aux deux dames.) Estce qn'il est de votre compagnie ?

GÉRARD, à part.

Allons, il est prêt! Oui, ça sera drôle! (Haut.) Oui, mon enfant, c'est un de mes amis, et... (à Sarah), si vous le permettez, je vous le présenterai.

Il entre dans le chalet.

SARAH, à Barbara.

11 a l'air de nous mystifier. Je parie que c^est le duc de Treuttenfeld, l'homme au procès, qui est revenu sur ses pas !

B.VRBARAj voyant Flarainio sortir du chalet avec Gérard. Oh! nô! il n'était pas loui. SARAH, regardant Flarainio, qui est très-bien mis et peigné.

Celui-ci est mieux.

GÉRARD, bas, h Flarainio.

Oui, c'est ça. Vous comprenez parfaitement.

FLAMINIO

Sovez tranquille. (Voyant Rita, qui le regarde incertaine, encore

et stupéfaite.) Ah! diantre!... C'est égal! un dîner champêtre, de jolies femmes... (Voyant Barbara et regardant Sarah.) Une jolie femme! Allons, il faut avoir de l'esprit, du montant... mais à une condition !

GÉRARD

Laquelle ?

FLAMINIO

Votre parole d'honneur que vous ne me démasquerez pas avant... (Regardant sa montre.) Tenez! il est cinq heures; à sept seulement, je redeviens Flaminio; et, jusque-là..., quoi qu'il advienne...

GÉRARD

Comment^ quoi qu'il advienne? (a part.) Le fat! (iiaui, ea

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riant.) Eh bien, oui,- parole d'honneur! Otez vos gants. Ne soyez pas embarrassé de votre chapeau.

FLAMINIO

Ah ! j'ai reperdu l'habitude... On se déforme vite quand on retombe dans la vie primitive ! Mais, dans un moment, vous me verrez prendre beaucoup d'aisance.

GÉRARD, à part.

Pourvu'qu'il n'en ait pas trop! (Allant vers Sarah et Barbara, qui causent ensemble.) *lMiladies, c'est mon ami le marquis Flaminio de... (soufflé par Flaminio) Flaminiani, qui est en tournée... (encore soufflé par Flaminio) géologique, dans ces montagnes, et qui désire vivement vous être présenté, (a Barbara. ) Je vous conseille de l'inviter à manger avec nous. Vous en serez satisfaite. C'est un philosophe... avancé! (a Sarah.) El un homme du meilleur monde, dont le cœur est... FLAMINIO, bas.

C'est ça, parlez de mon cœur.

GÉRARD

Dont le cœur est pourtant très-naïf.

FLAMIXIO, bas.

Naïf? Mais non, c'est trop vrai, ce que vous dites là. Je suis déjà pris. Elle est charmante !

GÉRARD, aux deux femmes.

Eh bien, m'autorisez-vous à l'inviter?... L'occasion, quand on dîne à travers champs !

RARRARA.

Oh! je voulais bien, moi, si...

Elle regarde Sarah.

SARAH

Vous ordonne?, chère ! et j'obéis.

FLAMINIO

Sans regret? Je suis donc bien heureux !

Il lui bai-;e la main.

GÉRARD, à Sarah étonnée.

Ce sont des façons italiennes. Il n'est pas Français, lui !

SARAII, bas, à GiirarJ.

l]e:n^if!

HARBARA , à qui Flaminio a aussi baisé la main. Oli ! il est bien, très-bien !

GÉRARD

Dame! vous voyez; il est tout effusion, tout reconnaissance...et tout appétit.

•FLAMINIO

Ail! depuis que j'explore cette admirable région... alpestre..., mes guides n'ont pu me procurer qu'une alimentation fort champêtre : le régime lacté est sain, mais on s'en lasse. Aussi ferai-je honneur à des mets plus substantiels... en d'autres termes, au pâté de gibier et à l'agréable compagnie. (Bas, à Gérard, qui rit sous cape.) Dites donc, ça m'ennuie de faire le pédant!

GÉRARD

Bah! allez toujours; ça va très-bien. (Haut.) Dînons donc vite, puisque nous avons un convive si bien dispose, (ils s'asseyent pour manger, qui çà, qui là, selon la disposition et les accidents du terrain. Le groom a servi les provisions et coutinue à servir avec Rita. Gérard à Sarah, en la servant, haut.) L'Italien est plus Sensuel que spiritualiste. C'est là son organisation, parlant sa valeur réelle.

FLAMINIO, dévorant.

Vous dites là, mon cher, une banalité... paradoxale^ comme toutes les banalités ! L'Italien, ne vous en déplaise, est un être privilégié, parce qu'il est complet. Je n'admets pas vos distinctions métaphysiques...

SARAH

Oh ! la métaphysique... (a Barbara qui fait Oh .') Pardon, chère ! mais je l'ai en horreur... à la campagne !

N'est-ce i)as, signora? J'étais sûr... (niia lui pousse l'épaule on

le servant, il n'y fait pas la moindre attention) d'avoir l'assentiment

de la beauté... c'est-à-dire de la divinité qui sait touti L'âme et le corps ! vaine subtilité. Que feraient-ils l'un sans

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