‹ Théâtre completChapitre 74 sur 146 · SARAH, FLAMINIO · texte numérisé non relu

SARAH, FLAMINIO

SARAH s'approche avec résolulion, puis s'arrr-le un peu. A part.

Ah! comme il est pâle! (irani.) A présent, monsieur, je vous écoule. Puis-je savoir le motif (riuie visite à kiquelleje m'attendais si peu?

FLAMINIO, à part.

Ah! l'accueil est désoblii^eanl! fiiaut.) Le motif est vulgaire et la \isite sera courte, milady. Une personne qui vous tient de près, et que je respecte infiniment, touchée de l'accident dont je venais d'être atteint, et me voyant partir pour Paris, a désiré apparemment m'y créer des ressources dont elle me jugeait dénué. En conséquence, comme je prenais congé d'elle, elle a fait glisser dans ma valise une somme de mille guinées en bank-notes. .levions seulement de m'en apercevoir, et naturellement, je vous la rapporte, en vous priant de vouloir l)ien...

Il présente à Sarati un porlcfeuille que Sarah hésite à recevoir et qu'il

pose sur le guéridon.

SAUAH, étonnée.

Ah!... vous refusez?... Mais pourquoi n'est-ce pas à ellemême que...?

FI.AMIMO.

(Jueje fais cette restitution? J'ignore quand elle se propose de venir à Paris, et, comme je ne puis me constituer le gardien d'une somme considérable, comme cela ne se confie guère à des domestiques tjue l'on ne connaît pas, j'ai cru pouvoir me permettre...

SARAH

Oui, sans doute, monsieur. Mais il y a là quelque chose... qui m'étonne beaucoup!

FLAMINIO

Milady s'étoime qu'on repousse une aimiône! Oh! mon

Dictl! ca ili''|>iMli| (le- -nuls, lies kIims... (ill ilo- lii'xiillS. (|1 liosf lo poi'lrfeiiillc sur le giu'M-i.ioii.) Je n(^ suis pus (hiiis l'iiuli-

jieiice, apparemment! (.v |iari.) Ouaiid on a cinquanlc francs !

SARA II, inlei-fiito.

Pardon... mais enCm ! c'est donc faux, ce que l'on me disait tout à l'heure? "

FLAMIIS'I'O.

De moi? Quelqu'un auprès de vous savait que j'exist(^? Et que pouvait-on dire de moi à milady?

SARAH

Vraiment, monsieur, je n'ose pas le répéter! J'aimerais mieux apprendre de vous-même... C'était si étrange!

FLAMINIO

.l'attends que vous m'interrogiez, milady.

SARAH, a part.

Sa figure est si peu celle d'un intrigant! (iiaui.) Voyons, monsieur, parlons franchement. Ma belle-sœur ne vous at-elle pas fait conduire secrètement à sa maison de campagne?

FLAMINIO

Oui, et j'étais trop malade pour m'y refuser. La ferme où vous m'aviez fait porter n'était pas une retraite assez sûre; miss Barbara s'est dit qu'on m'y surprendrait. Je dois à sa pitié un asile et des soins ipie ji; n'oublierai jamais.

s AU AU.

Des soins?... Alors, elle vous a témoigné un intérêt, une affection..'. Sachez bien, monsieur, que j'aime et respecte miss melvil, que sa réputation n'a jamais reçu la moindre atteinte; mais elle a un caractère exceptionnel, une indépendance d'opinions... Enfin, ce mariage dont on croit qu'elle a eu la pensée...

FLAMINIO. sliiiiôfait.

Un mariage?

SARAH

>3e s'est-elle pas entourée d'hommes d'aiiaires? n'a-l-elle

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pas fait un testament? n"a-t-elle pas parlé de vous,., à quelques personnes, avec une exaltation...? J'espère, monsieur^ que vous ne me croyez pas préoccupée des intérêts matériels de la famille. Toute autre manière de vous enrichir aurait mon assentiment. Je suis toute disposée à en chercher le moyen avec miss Melvil, sans que le public soit initié à celte prédilection... Mais un éclat serait si fâcheux, si ridicule... Yoyons, pouvez-vous l'aimer? osez-vous le dire? avez-vous pu le lui faire croire? Vous ne répondez j^es?

Pardon, milady, c"est que je réfléchis, et j'en ai si peu l'habitude!... Je me demande pour.[uoi vous avez de moi une si singulière opinion, et je cherche si, dans ma vie passée, j'ai fait quehjue chose qui autorise des soupçons pareils.

SARAH

Ainsi, vous niez...?

FLAMIXIO, prenant son chapeau.

Non, milady, rien! c'est à miss Barbara de se justifier si elle a eu des sentiments et des projets que j'ignore. Vous vous en expliquerez ensemble. Quant à moi, peu vous importe ce que j'ai pu penser et vouloir, peu vous importe que je sois le premier ou le dernier des misérables. Je vous présente mon respect, milady!

SARAH, lorsqu il est près de sortir.

Non! restez, je vous prie. Je n"ai pas l'intention de vous blesser.

FLAMIMO.

Oh! pardonnez-moi, madame; vous en avez même la volonté.

SARAH

Eh bien, si je n'en ai pas le droit, défendez-vous.

FLAMIMO.

Je n'ai pas à me défendre.

SARAH

Ah! si fait! vis-à-vis de moi, vous êtes oupable, et,

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si je suis injuste maintenant à votre égard, c'est votre faute.

FLAMINIO

Oui, c'est la faute de ma chélive position, ou de ma mauvaise fortune.

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