SCÈNE X LA PRINCESSE, SARAH, BARBARA
SARAH, troublée.
Ahl vous tutoyez monsieur..,?
LA PRINCESSE
M. Flaminio? Eh bien, oui, certes, par habitude. C'est la coutume à Venise que les patriciens tutoient leurs valets, et il a été le mien... Qu'est-ce que vous avez donc, Sarah? Vous vous trouvez mat ?
BARBARA
Oh! vous voulez imaginer vous cela ? (Elle aide Sarah à cacher
!/2 TI1KATRE COMPLET DE GEORGE SAXD
Ron émoiioii.; Oh ! dcar! j'ai marché moi bien lourde sur le pied de -N'ous ■?
La (irinccsse passe à droite; sur un signe Je Saraii, on -s'assied. SARAII.
Nous écoutons. . • -, .,
LA PRINCESSE
Tenez, Sarah, je veux vous témoigner la franchise et les égards que se doivent deux anciennes compagnes de couvent. Je no dis pas deux amies : la différence de nos caractères... J'accord(î toute supériorité au vôtre, et, pour vous prouver l'estime que j'en fais, je veux, moi, irrélléchie et spontanée, vous donner un bon conseil.
SARAII. ,'
Ah! vous allez me donner des conseils?
LA PRINCESSE
Oui, malgré votre amertume et le dédain de miss Melvil, qui n'est peut-être pas un guide aussi prudent qu'elle se l'imagine, je vois, par ce qui se passe ici, que vous admettez un peu vite dans votre intimité le premier aventurier qui se présente avec une jolie figure et une belle voix. Vous avez tort. L'Italie fourmille de ces petits messieurs-là, dont l'avenir est plus brillant que le passé. Celui-ci est un vagabond que mes parents ont dû chasser de leur service pour cause de paresse, et que j'ai vu ensuite courir les rues de Milan et de Naples, avec la joyeuse bande des saltimbanques, bras dessus, bras dessous avec des femmes... quelles femmes ! et logeant à la belle étoile, quand il ne couchait pas en prison pour tapage nocturne et rixes de cabaret. Je ne saurais trop répondre qu'il n'y ait jamais eu quelque chose de pis. Vous pensez bien que je n'ai pas suivi avec beaucouj) d'atlenlion le vol de cet oiseau voyageur.
RARBAUA.
Oh! pardonne-moi! vous suivez loui, présentement?
h\ PRINCESSE.
Non, cVst moi (|ui lui ordonne de me suivre, parce que le ' duc de Tr(nilt('iil(>ld, nu autre de mes protégés, m'a révélé en
lui un iri'and talcnl. '^o icv.nit.; (Ju'c-'l-ci' que i;a mo fait, à moi. lo passade i""laiiiihio ? 11 aura toujours l)i('ii assez de verlu pour faire un comédien ; et je n'en veux pas taire autre ciiose. Si vous avez sur lui d'autres vues, à la bonne heure, vous Voilà avertie, et ce sera à vos risques et périls.
Elle se lève et va dans le second salon,
SCÉiNE XI SARAH, BARBARA, puis LE DUC.
IIARBAKA.
Oli! cette fàmp, il est une démon !... Eh bien, Sarah, vous devez mépriser...?
SAnAII.
Certes, j'en ris, vous voyez!... (Elle essaye de se lever et retombe.) Ah! j'étouPTe !... je crois vraiment qu'elle m'a mise en colère.
BAUBARA.
No, il n'est pas le colère; il est le chagrin!
SAKAH , se levant.
Le chagrin ? Pourquoi donc, je vous prie ?