SCÈNE PREiMIÉRE
FLAMINIO, seul devant une table et peignant une figurine en bois en chantounant.,
Dansez, pêcheur napolitain.
Sans nul souci...
(Parlant.) Allons, c'est fini, ça ira comme ça.
Sans nul souci du lendemain.
(Parlant.) Sans nul souci? Il fut un temps, bien près de moi... quoiqu'il me semble avoir franchi des siècles depuis moins d'une année, où je chantais cola naïvement! Aujourd'hui, j'ai l'amour, le bonheur et l'épouvante ! Ne pas croire en moi, mon Dieu! quand tout en moi lui appartient, jusqu'à la moindre de mes pensées ! (u se lève.) Ah ! malheureux! tu aurais dii ne jamais réfléchir, ou ne jamais aimer! Aujourd'hui, c'est en vain que tu es sincère, purifié, irréprochable! La vertu est cruelle et l'innocence soupçonneuse!... Deux jours sans la voir! Il me semble qu'il y a déjà deux ans ! Non, je ne pourrai pas me tenir parole! Elle m'écrira... elle va m'écrire ! Elle viendra peut-être! Elle est bien venue déjà deux fois... m'ôter mon courage et ma fierté! mais viendra-t-elle une troisième? (il écoute un bruit au dehors.) Est-ce une voiture? Non, c'est le roulement d'un tambour de basque; quelques musiciens de carrefour; d'anciens collègues, d'anciens camarades, peutêtre! (il a mis de l'argent dans nu morceau de papier et le jette par la
fenêtre sans regarder.) Et elle épouserait ce passé de misère et d'abandon! elle ! une grande dame! la veuve d'un pair d'An-
gleterre! Ah! il faudrait [louvoii- fuir! (on frappe au fond.) ï^'itrez 1