SCÈNE 111 GÉRARD, FLAMINIO, RITA
FLAMINIO, stupéfait.
Rita? Restez Gérard! croyez bien... (a Rita.) Toi?
RITA, essoufflée.
Eh bien, oui ! tu t'es mis là à la fenêtre, il y a déjà un petit moment; je t'ai vu, j'ai crié, lu n'a pas entendu. Tu as jelé de.l'argent; je ne l'ai pas ramassé. J'ai voulu entrer dans la maison, on m'a renvoyée. Alors, j'ai attendu, j'ai guetté, je me suis glissée, et me voilà!
FL.UIIXIO.
Mais commentes-tu ici, seule, malheureuse peut-être?
RITA
Ah bah ! voilà mon gagne-pain, tiens ! (Elle montre son tambour de basque.) Je danse la mpntferrine que je savais, et la ta-: ren telle que tu m'as apprise. Il a bien fallu m'y décider!
FLAMINIO
Pourquoi donc? ]\Iiss Melvil t'avait donné...
RITA
Eh bien, oui! de l'argent, beaucoup d'argent, pour me marier; mais mon oncle n'a voulu m'en laisser prendre qu'un peu pour voyager. J'ai bien vu que son idée était de garder le reste, et qu'il ne courrait pas après moi pour me le rendre! Je ne croyais pas que c'était si loin, Paris! J'ai bien fait la route dans les voitures ; mais, ce matin^ en arrivant ici, j'ai vu qu'il ne me restait plus rien, et alors... je n'avais pourtant pas le cœur à la danse, je ne savais pas où te trouver.
FLAHIIMO.
Ah ! tu es arrivée d'aujourd'hui seulement? Mais pourquoi es-tu venue à Paris ?
RITA, a. Gérard.
Il le demande !... Voyez, monsieur, si vous feriez pareille chose! Il m'a laissé croire qu'il m'épouserait, parce que je l'aimais, moi, il le sait bien, quoiqu'il voulût prendre ça en riant. Et, quand il a quitté le pays, à peine remis de son accident, il est venu dire adieu à mon oncle et à moi. Je pleurais, je voulais me jeter dans le lac, j'étais comme folle. Alors il a dit : « Bah ! tu n'as pas l'âge pour te marier. Tu ne sais pas encore ce que c'est que d'aimer. Je reviendrai si je ne meurs pas de ma blessure, qui me fait encore bien mah^et si tu m'aimes toujours ! » Je l'ai laissé partir; mais voilà (îinq mois passés et j'ai quinze ans à cette heure. .Iç me suis dit : « Il ne revient pas, c'est qu'il est malade, j'irai ! » et me voilà ! Tu vois bien que je sais ce que c'est que d'aimer et qu'à présent lu dois m'aimer aussi.
FLAMINIO 187
FLAMINIO
Ah! vraiment, c'est très-bien ; mais, en attendant...
GÉRARD, qui a regardé sur le palier, bas, à Fiaminio.
Sarah! elle pionte !
FLAMINIO
Ah! il ne faut pas que cette enfant la voie chez moi! (a Rita.) Écoute... monsieur va te conduire... chez miss Melvil! Dans un instant, j'irai t'y rejoindre et nous causerons.
GÉRARD
Diable !... au fait, j'ai ma voiture ! Venez, mon enfant 1
RITA
Sans lui ? Non ! il veut m'abandonner encore,
T'abandonner ? Non, ma pauvre fille, je te jure que non! Mais... allons, allons!... tiens! je t'accompagnerai... (à Gérard) jusqu'à l'escalier, vite !
Il laisse à dessein la porte du fond. ouverte, et sort précipitamment avec Kita et Gérard par la porte de droite. Dans sa précipitation, il oublie le tambour de basque, qui reste sur une chaise près de la porte, et renverse la chaise sur laquelle Gérard s'est assis. Sarah paraît au fond, au moment où il f(irme en dehors la porte de côté.