PITA
Oui, oui! voiis m'aviez mise dans une belle voiture, et vous avez dit au cocher : « Marche ! »
GÉRARD, il Fiaininio.
Mon propre cocher. Je ne rr\e souciais pas de traverser tout Paris avec cette curiosité aipestre ! Je prends une voiture de place pour la rejoindre, afin de préveiiir moi-même les gens de miss Melvil ; j'arrive : mon cocher déclare que la jeune fille a disparu en route; comment diable a-t-elle fait?
lUTA.
Grand'cliose ! j'ai ouvert, j'ai sauté, je suis tomljée, je me suis relevée.
FLAMIMO.
C'est pour ça qu'elle a les mains en sang.
Il lui donne un mouchoir.
GKKARD, à Flaminio ; ils descendent.
Voyons, que s'est-il passé entre vous et...?
FLAMIMO.
Une scène affreuse, mon cher!... (a Riia.) Ah çà! toi, faismoi le plaisir de t'asseoir là, et de n'en pas bouger, (a Gérard
après avoir fait asseoir Rila à l'autre bout de la chambre.) Elle est partie offensée, désespérée, sans me donner le temps...
GÉRARD.
Croyez-vous qu'elle en reviendra ? , , .
FLAMIMO.
Sans doute ! elle a l'âme trop juste...
GÉRARD
Juste... juste ! Elle est comme vous, elle a l'âme grande et le caractère faible. Ne voyez-vous pas combien elle est portée au doute? Et n'avez-vous pas déjà senti que, du doute à l'outrage, il n'y a qu'un pas, comme il n'y en a qu'un ensuite de l'outrage au mépris ?
[flaminio, après un moment de silence.
Que faire ? si je me brûlais la cervelle ?
GÉRARD
Parlez-vous sérieusement ?
FLAMIMO.
Très-sérieusement. Vous voyez, je ne suis pas gai du tout.
GÉRARD
Le suicide ? Dans cette phase de sa passion, elle pourrait bien suivre votre exemple. Appelez-vous cela une solution?
FLAMINIO, passant de l'abattement à l'agitation.
Que faire ? dites donc ! que faire ?
FLAMIXIO ' 197
GÉRARD, lui montrant Ritu.
11 me semble que le moyen est tout trouvé. Si vous voulez que le dépit sèche les larmes, partez avec...
FLAMINIO
Ce moyen-là est mauvais, c'est un mensonge.
GÉRARD
Quand il n'y a qu'un seul moyen, il est toujours bon.
FLAMINIO
C'est donc le seul ?
GÉRARD
Cherchez-en un autre qui ne laisse pas la porte ouverte au retour, et qui, par conséquent, ne soit pas une lâcheté.
FLAMINIO
Une lâcheté !... qu'elle me reprocherait un jour! Allons! mieux vaut passer pour un libertin stupide que pour un vil intrigant! (a Rita.) Viens, partons ! Je ne veux pas rentrer ici! je sens que j'y laisserais mon honneur ou ma vie !
•rita. ;i Flaminio.
OÙ allons-nous ?
FLAMINIO
Dans ton pays, d'abord.
KiTA.
Pour nous marier?
FLAMINIO
Non, Rita! je suis marié, moi.
RITA
Toi ? Tu te moques ! avec qui donc ?
FLAMINIO
Avec dame Philosophie : une très-grande dame que tu ne connais pas. Adieu, Gérard, merci ! (a Rita.) Qu'est-ce que tu cherches? Ah! ton instrument de bal? (il le prend.) Il est comme moi, va, aplati, brisé ! (n le secoue.) Mais il pourra résonner encore, avec un peu de courage et de bonne volonté!
(imitant Sarah d'une maDière fébrile.) «C'est joli, cela ! c'est un souvenir?... » Oui, milady : je veux le garder,... puisqu'il faut que je vende celui-ci (il montre la figurine), qui me rappellerait
une brillante journée de mon existence! (Prenant la figurine qu'il pose sur la table, et devant laquelle il s'agenouille sans savoir ce qu'il fait.) Pauvre petit danseur de tarentelle ! pauvre jouet d'enfant! j'étais encore heureux, j'espérais encore, j'étais enfant moi-même ce matin, en t'achevanl! je chantais... (il chante.)
Sans nul souci.,. (Parlant dans une sor.te de délire et se relevant avec
brusquerie.) Eh bien, je la danserai un de ces joiirs au pied du Vésuve, la tarentelle ! Une belle danse, messieurs ! bien philosophique!
Il chante en secouant le tambour de basque.
Dansez, pêcheur napolitain, San$ nul souci du lendemain.
Dansez, pêcheur napolitain ; Volcans et mers grondent en vain...
BITA.
Ah ! il chante ! il est content de partir !
FLAMINIO, avec une exaspération croissante.
Comment donc ! qui en doute ?
Il chante.
Quand le rivage iremhlera, Adieu la ritournelle!
Le grand fanal Éclairera Un autre bal Final!
GÉRARD
Flaminio, voyons, vous souffrez trop, ne partez pas ainsi.
FLAMIXIO.
Moi ? Allons donc ! j'ai le caractère faible, c'est vrai; mais j'ai pour moi le raisonnement! ça console de tout, voyez plutôt.
Chantant et entraînant Rita.
Dansez, dansez la ritournelle.
Dansez-la, dansez, dansez-la.
Sa voix éclate en sanglots, il tombe évanoui sur \o canapé-
FLAMINIO lg.9