SCÈNE III SARAH, BARBARA, GÉRARD
SARAH, Irèi-élégante et d'un enjouement fébrile.
Moi, je le trouve stupide, votre chalet. 11 n'y a plus ni poésie ni mystère; ce n'est plus qu'une guinguette; par conséquent...
Par conséquent, vous bravez sans effort des souvenirs... redoutables!
SARAH, à Barbara.
Qu'est-ce qui lui prend, depuis un quart d'heure, de faire des allusions au passé, lui qui, dans le passé, combattait si bien...?
GÉRARD
Ah! j'ai combattu vos sentiments! je les ai même froissés... J'ai cru bien faire ! Ce qui me rendait féroce, c'est que ma conscience était à l'abri de toute convoitise personnelle. Je l'ai prouvé en fuyant.. .
SARAH
Le danger de m'aimer? Quel roman vous faites!
GÉRARD
Non! je ne m'en fais pas accroire. Je n'aurais pas voulu être un 'pis aller. En vous retrouvant ici brillante et victorieuse, je me suis dit que tout était pour le mieux, et dès lors je sens que j'ai encore un devoir à remplir.
SARAH
Ah!
GÉRARD
Oui, j'ai à m'expliquer sur Flami... ^ ■ SARAH, l'interrompant.
. Jamais! je VOUS le défends.
Vraiment?... Alors... (Sarah, troublée, éclate d'un rire forcé.)
Savez-vous que, depuis trois jours que je vous contemple avec admiration... avec stupeur, je iiie demande si vous n'êtes pas on train de trop bien guérir, et si je ne dois pas me repentir...
SARAH
De quoit de m'avoir bien conseillée? Moi, je vous en remercie, et je vous dispense de nouveaux sermons. Ceux d'autrefois m'ennuyaient, mais ils étaient bons; ceux d'aujourd'hui le seraient moins, et ils m'ennuieraient davantage.
GÉRARD
Si vous le prenez 3ur ce ton-là... à la bonne heure ! Je vous connaissais si sérieuse, que j'ai de la peine à vous croire gaie... Mais, si vous l'êtes réellement, j'avoue que ça me charme, et que je vous aime beaucoup mieux ainsi.
SARAH
Vous voyez donc bien! Quand vous m'appeliez un ange, vous ne pouviez pas me souffrir.. On n'aime pas les anges, on n'y croit pliis... oii s'en moque... on les trompe!...
BARBARA
Oh! Sàrah!
SARAH
Eh ! mon Dieu, ma sœur, ne pleurez pas ma divinité; vousmême, vous rti'é chérissez peut-être plus qu'autrefois. Est-ce que toutes les gâteries des cœui'S maternels ne sont pas pour les enfants détestables?
BARBARA
Parce que le... détestatibilité, il est le maladie de nerfs... ou de cœur!
GÉRARD, à Barbara, regardant Sarah.
Pourtant... je ne l'ai jamais vue si fraîche et si belle !
SARAH, a Barbara, bas.
Il ne voit pas que j'ai du rouge! (Haut.) Il vieillit! sa vue baisse!
GÉRARD
Je ne crois pas! mais vous voulez des compliments?
SARAH
Des compliments? Non, j'aimerais mieux des injures, c'est plus franc... et moins froid. ^
GÉRARD
Ah ! vous en voulez? Je commence : M. le comte Démétrius de Kologrigo est un sot.
SARAH
Eh bien, qu'est-ce que ça me fait?
GÉRARD
Je continue : et il est encore aujourd'hui de notre partie.
SARAH
Qu'est-ce qui l'a invité?
GÉIRARD.
Qu'est-ce qui n'a pas dit non?
SARAH
Vous voulez que je sépare la princesse de son idole?
C'est vous qui voulez rendre çon idole idolâtre.
SARAH. ''
De moi? Quelle idée! Eh bien, oui, au fait! ra m'amusera, d'entendre la déclaration d'un homn^e si convaincu de son mérite.
GÉRARD
Prenez garde, elle sera peut-être fort inconvenante.
SARAH
Oh! que non! j.e vous répojids bien qu'elle ne sera que bête.
GÉRARD
Eh],., pas si bête! Ce monsieur est à moitié musulman.
et, comme il est fort riche, il croit avoir droit à tous les succès. ^
SARAH, regardant.
Est-ce qu'il n'arrive pas bientôt?
GÉRARD
Ah! il vous tarde...
SA R Ail.
Allez donc voir!
GÉRARD
C'esL-à-dire que vous avez assez de moi pour le moment? ^ Il s'éloigne par le fond.
BARRARA.
Oh! je comprends, vous avez bien assez de ce conversation... .s/iot"/.'n(j)f.' ^ . '■
SARAH
Non. j'ai trop de moi-même, voilà tout.
BARBARA
Je souffre bien de voir vous souffrir.
SARAH
Non, ma chère! voilà ce qu'il ne faut jamais me dire : c'est cruel de votre part! Je ne souffre pas! je ne suis pas de ces âmes lâches qui pleurent éternellement une illusion perdue et qui tombent brisées sous un indigne affront! Je hais la plainte, et, en me plaignant, on m'irrite, on m'offense, .
BARBARA
Oh! dear! je offenser vous?
SARAH
Vous?... (Elle va pour se jeter dans ses bras et s'arrête.) Non! il ne faut plus s'attendrir. (Elle lui baise la main.) Vous êtes forte, vous êtes fière, ma sœur! Soyez pour moi ce que vous seriez pour vous même... Vous n'auriez pas pardonné...
BARBARA
Pardonner le fuite avec le jeune fdle?... No! jamais! mais je aurais oublié.
SARAH
Eh bien, j'oublierai!
FLAMINIO - 209