‹ Théâtre completChapitre 97 sur 146 · SCÈNE III SARAH, BARBARA, GÉRARD · texte numérisé non relu

SCÈNE III SARAH, BARBARA, GÉRARD

SARAH, Irèi-élégante et d'un enjouement fébrile.

Moi, je le trouve stupide, votre chalet. 11 n'y a plus ni poésie ni mystère; ce n'est plus qu'une guinguette; par conséquent...

Par conséquent, vous bravez sans effort des souvenirs... redoutables!

SARAH, à Barbara.

Qu'est-ce qui lui prend, depuis un quart d'heure, de faire des allusions au passé, lui qui, dans le passé, combattait si bien...?

GÉRARD

Ah! j'ai combattu vos sentiments! je les ai même froissés... J'ai cru bien faire ! Ce qui me rendait féroce, c'est que ma conscience était à l'abri de toute convoitise personnelle. Je l'ai prouvé en fuyant.. .

SARAH

Le danger de m'aimer? Quel roman vous faites!

GÉRARD

Non! je ne m'en fais pas accroire. Je n'aurais pas voulu être un 'pis aller. En vous retrouvant ici brillante et victorieuse, je me suis dit que tout était pour le mieux, et dès lors je sens que j'ai encore un devoir à remplir.

SARAH

Ah!

GÉRARD

Oui, j'ai à m'expliquer sur Flami... ^ ■ SARAH, l'interrompant.

. Jamais! je VOUS le défends.

Vraiment?... Alors... (Sarah, troublée, éclate d'un rire forcé.)

Savez-vous que, depuis trois jours que je vous contemple avec admiration... avec stupeur, je iiie demande si vous n'êtes pas on train de trop bien guérir, et si je ne dois pas me repentir...

SARAH

De quoit de m'avoir bien conseillée? Moi, je vous en remercie, et je vous dispense de nouveaux sermons. Ceux d'autrefois m'ennuyaient, mais ils étaient bons; ceux d'aujourd'hui le seraient moins, et ils m'ennuieraient davantage.

GÉRARD

Si vous le prenez 3ur ce ton-là... à la bonne heure ! Je vous connaissais si sérieuse, que j'ai de la peine à vous croire gaie... Mais, si vous l'êtes réellement, j'avoue que ça me charme, et que je vous aime beaucoup mieux ainsi.

SARAH

Vous voyez donc bien! Quand vous m'appeliez un ange, vous ne pouviez pas me souffrir.. On n'aime pas les anges, on n'y croit pliis... oii s'en moque... on les trompe!...

BARBARA

Oh! Sàrah!

SARAH

Eh ! mon Dieu, ma sœur, ne pleurez pas ma divinité; vousmême, vous rti'é chérissez peut-être plus qu'autrefois. Est-ce que toutes les gâteries des cœui'S maternels ne sont pas pour les enfants détestables?

BARBARA

Parce que le... détestatibilité, il est le maladie de nerfs... ou de cœur!

GÉRARD, à Barbara, regardant Sarah.

Pourtant... je ne l'ai jamais vue si fraîche et si belle !

SARAH, a Barbara, bas.

Il ne voit pas que j'ai du rouge! (Haut.) Il vieillit! sa vue baisse!

GÉRARD

Je ne crois pas! mais vous voulez des compliments?

SARAH

Des compliments? Non, j'aimerais mieux des injures, c'est plus franc... et moins froid. ^

GÉRARD

Ah ! vous en voulez? Je commence : M. le comte Démétrius de Kologrigo est un sot.

SARAH

Eh bien, qu'est-ce que ça me fait?

GÉRARD

Je continue : et il est encore aujourd'hui de notre partie.

SARAH

Qu'est-ce qui l'a invité?

GÉIRARD.

Qu'est-ce qui n'a pas dit non?

SARAH

Vous voulez que je sépare la princesse de son idole?

C'est vous qui voulez rendre çon idole idolâtre.

SARAH. ''

De moi? Quelle idée! Eh bien, oui, au fait! ra m'amusera, d'entendre la déclaration d'un homn^e si convaincu de son mérite.

GÉRARD

Prenez garde, elle sera peut-être fort inconvenante.

SARAH

Oh! que non! j.e vous répojids bien qu'elle ne sera que bête.

GÉRARD

Eh],., pas si bête! Ce monsieur est à moitié musulman.

et, comme il est fort riche, il croit avoir droit à tous les succès. ^

SARAH, regardant.

Est-ce qu'il n'arrive pas bientôt?

GÉRARD

Ah! il vous tarde...

SA R Ail.

Allez donc voir!

GÉRARD

C'esL-à-dire que vous avez assez de moi pour le moment? ^ Il s'éloigne par le fond.

BARRARA.

Oh! je comprends, vous avez bien assez de ce conversation... .s/iot"/.'n(j)f.' ^ . '■

SARAH

Non. j'ai trop de moi-même, voilà tout.

BARBARA

Je souffre bien de voir vous souffrir.

SARAH

Non, ma chère! voilà ce qu'il ne faut jamais me dire : c'est cruel de votre part! Je ne souffre pas! je ne suis pas de ces âmes lâches qui pleurent éternellement une illusion perdue et qui tombent brisées sous un indigne affront! Je hais la plainte, et, en me plaignant, on m'irrite, on m'offense, .

BARBARA

Oh! dear! je offenser vous?

SARAH

Vous?... (Elle va pour se jeter dans ses bras et s'arrête.) Non! il ne faut plus s'attendrir. (Elle lui baise la main.) Vous êtes forte, vous êtes fière, ma sœur! Soyez pour moi ce que vous seriez pour vous même... Vous n'auriez pas pardonné...

BARBARA

Pardonner le fuite avec le jeune fdle?... No! jamais! mais je aurais oublié.

SARAH

Eh bien, j'oublierai!

FLAMINIO - 209

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