SCÈNE I
FEARON rinspecle, louche le nœud de sa cravale, lui prend son mouchoir, le flaire el le remel dans sa poche.
Probablement la dame en vert qui était sous la troisième fenêtre de la salle à manger.
LUC, rianl.
Tu es surprenante. Sais-tu que le jour où la fantaisie te prendrait de changer de camp, tu rendrais de grands services à la société ?
FEAROx, même jeu.
J'ai eu pas mal de fantaisies, depuis cinq ans ; jamais celle-là. Au revoir.
LUC
A tout à l'heure.
FEARON, se relournanl.
Si tu me vois dans la rue, ne t'a\ ise pas de m'aborder en me touchant l'épaule.
LUC
Pourquoi ?
FEARON
C'est la seule chose que je ne puisse pas supporter. L'autre soir, sur la Promenade, j'ai senti une main se poser là ; j'ai serré les dents, sorti un billet de cent francs et, sans me retourner, je l'ai tendu derrière moi, au hasard.
LUC
Et alors ?
FEARON
Une voix connue s'est écriée : « Vous évaluez bien bas une vieille amitié ! » Ce n'était pas un policier, c'était un copain avec qui j'ai travaillé en Amérique. (// rii.) Toi aussi, tu as eu peur, quand je t'ai touché l'épaule avec mon ombrelle.
LUC
Moi?
FEARON
Pip pip !
(Elle s'en va par la droite. Il se rassied et note son adresse sur un calepin, Jeannine entre de gauche. Robe et ombrelle vertes, grand chapeau de soleil. Elle porte un livre,)
Il y a longtemps que vous êtes ici ?
LUC
Un quart d'heure.
JEANNINE
Que faisiez-vous, en m'attendant ?
LUC
Je rêvassais, je regardais le soleil jouer à travers les palmes. Et puis, une femme est venue me surprendre.
JEANNINE
Une amie à vous?