SCÈNE I
LUC
Une ancienne amie. Je vous parlerai d'elle, un jour...
JEANNINE, lui iendanl son livre.
Voici votre livre.
LUC, surpris.
Vous l'avez déjà lu ?
JEANNiNE
Non.
Vous ne voulez pas le lire ?
JEANNINE
Je ne peux pas. Je ne peux simplement pas. C'est comme si je parlais avec un autre vous-même. Un vous sans pitié, cruellement interrogateur. Il me semble que vous fouillez dans ma conscience avec des doigts de métal...
LUC
Comme vous êtes sensible.
JEANNtXE
11 y a un passage, dans la préface, qui m'a tenue éveillée une partie dé la nuit.
LUC
Lequel ?
JEANNINE
Celui où vous dites... (Se rappelant avecefforl.) que la destinée des êtres... que toute leur vie...
physique et passionnelle est souvent déterminée... par les chocs et les expériences de leur enfance.
LUC
Pourquoi cette phrase vous a-t-elle frappée ?
JEANNINE, après une hésitation.
Parce que j'ai subi un grand choc, à l'âge de six ans.
LUC
Un choc moral ?
J'ai vu tuer ma mère sous mes yeux.
{Un silence,)
LUC
En avez-vous conservé le souvenir ?
JEANNINE
Pas un souvenir direct. Je revois la chose à travers une espèce de halo... Il me semble parfois que
quelqu'un l'a effacée de ma mémoire...
LUC
La conscience peut oublier, mais jamais au hasard. Elle oublie ce qu'il lui est utile d'oublier. Vous serait-il pénible de me raconter ce drame ?
JEANNINE
Oui, d'une façon générale, il m'est désagréable de parler de mes parents.
LUC
Tiens, pourquoi ?