‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 21 sur 71 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LUC

Une ancienne amie. Je vous parlerai d'elle, un jour...

JEANNINE, lui iendanl son livre.

Voici votre livre.

LUC, surpris.

Vous l'avez déjà lu ?

JEANNiNE

Non.

Vous ne voulez pas le lire ?

JEANNINE

Je ne peux pas. Je ne peux simplement pas. C'est comme si je parlais avec un autre vous-même. Un vous sans pitié, cruellement interrogateur. Il me semble que vous fouillez dans ma conscience avec des doigts de métal...

LUC

Comme vous êtes sensible.

JEANNtXE

11 y a un passage, dans la préface, qui m'a tenue éveillée une partie dé la nuit.

LUC

Lequel ?

JEANNINE

Celui où vous dites... (Se rappelant avecefforl.) que la destinée des êtres... que toute leur vie...

physique et passionnelle est souvent déterminée... par les chocs et les expériences de leur enfance.

LUC

Pourquoi cette phrase vous a-t-elle frappée ?

JEANNINE, après une hésitation.

Parce que j'ai subi un grand choc, à l'âge de six ans.

LUC

Un choc moral ?

J'ai vu tuer ma mère sous mes yeux.

{Un silence,)

LUC

En avez-vous conservé le souvenir ?

JEANNINE

Pas un souvenir direct. Je revois la chose à travers une espèce de halo... Il me semble parfois que

quelqu'un l'a effacée de ma mémoire...

LUC

La conscience peut oublier, mais jamais au hasard. Elle oublie ce qu'il lui est utile d'oublier. Vous serait-il pénible de me raconter ce drame ?

JEANNINE

Oui, d'une façon générale, il m'est désagréable de parler de mes parents.

LUC

Tiens, pourquoi ?

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