‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 29 sur 71 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

•fearon

Pour les autres, ou pour toi ? La première fois que tu t'es assis avec moi dans le fond du jardin de Chelsea, — ce soir de plomb d'il y a dix étés, — quand tu m'as questionnée sur mon enfance, sur mes parents... qu'est-ce que tu cherchais? Mon bien, ou la satisfaction de ta curiosité ?

LUC

Singulier, comme cette question préoccupe les femmes.

FEARON

Guérir, ou savoir ?

LUC

Les deux. On peut être un psychologue et garder pour l'espèce humaine un cœur humain.

FEAROX

J'en ai douté.

LUC

Je t'assure que ni le temps ni Thabitudene m*ont desséché. Toutes les fois que je me penche sur une âme nouvelle, j'ai le même tremblement intime, le même reflux secret de tendresse ou de pitié.

Le chien de chasse tremble aussi, quand il voit débucher un lièvre.

LUC

Et il lui casse les reins, quand il l'attrape.

FEARON, riant.

Toi, tu n'as jamais cassé les reins à tes lièvres ?

LUC

Je ne les attrape que pour leur donner la liberté.

FEARON

Et si on ne pouvait les attraper qu'en leur cassant les reins, tu renoncerais à les poursuivre ?

LUC

Quelle drôle de question !

FEARON

Moi, si j'avais ton pouvoir^ oh, je leur casserais les reins à tous, pour le plaisir 1

LUC

Sauvagesse !

FEARON

Je ne pourrais pas connaître une âme sans la dominer... et je ne pourrais pas la dominer sans la détruire. Malheur aux faibles I Voilà mon cri de guerre. Sais-tu ce qui m'amuse le plus dans la vie? Séduire, corrompre une conscience pure. Toi aussi, tu aimes ça.

Moi ?

FEARON

Tu ne le sais donc pas ?

LUC

Mais je t'assure...

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