SCENE II
FEARON
Oh ! nous nous ressemblons plus que tu ne penses. Tu te crois un homme de science ? une espèce d'apôtre? Tu es un artiste. Et un artiste, je n'ai jamais rien vu qui soit plus proche d'une voleuse.
LUC
Comment sais-tu cela ?
FEARON
J'ai appris. 11 faut regarder les hommes, avant de retourner leurs poches. Aux Indes, je me suis fait aimer d'un major anglais et je l'ai poussé à soutenir des insurgés. Ah î c'était meilleur que de cambrioler un musée !
LUC
Meilleur?
FEARON
Oui. Cela t'étonne ? C'est ainsi. L'action me semble parfois si grossière, si fade, à côté dé certain travail moral. Tu m'as dit un jour que je ne trouverais l'apaisement que dans la destruction. Eh bien, voler, ce n'est pas détruire ; c'est changer les choses de place. On ne détruit vraiment que par la pensée.
LUC, VobservanL
Je crois maintenant que tu iras jusqu'au meurtre.
FEARON, faisant claquer ses dolgls.
Nous verrons. En tout cas, je n'aurai pas beaucoup de victimes sur la conscience î
Lie
Pourquoi ?
FEAROX
Parce qu'elles seront sur la tienne, old boy! Comme y sont déjà les quelques centaines de vols, d'escroqueries et d'abus de confiance que j'ai commis. Cet honnête psychologue ! En bonne justice, tu as deux ou trois siècles de prison sur les épaules ! (Riani,) Donne-moi une cigarette, mon cher apôtre.
LUC, s' exécutant Je supporte les responsabilités.
FEAROX, allumanl sa cigarelie.
Oui, par indifférence, pas par force.
LUC
Peu importe. C'est ce qui me permet d'agir, de libérer les êtres.
FEAROX
A propos, la dame en vert, c'est encore une libération ?
Peut-être.
FEAROX
Moi, je libérerais volontiers ses boucles d'oreilles. Elles valent dix-huit mille.
LUC, riant.
Mais je te défends de penser à ça.
FEAROX
Sois tranquille. Si même elle a besoin de chaus-