‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 33 sur 71 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

ŒDIPE

« A ton aise, car tu parleras en pure perte.

TIRÉSIAS

« Je te dis que, sans le savoir, tu es uni par d'infâmes liens avec ce que tu as de plus cher. » (Elle rit. Il referme le livre,) Pourquoi riez-vous ?

JEANMNE

Parce que Tirésias me fait penser à vous. Vous aussi, vous vous jetez sur les^gens, armé de gros secrets bien terribles et vous n'avez de cesse que vous ne les en ayez épouvantés. Je vous appellerai Tirésias !

LUC, souriant.

Mes secrets, à moi, n'apportent pas l'épouvante, mais la délivrance.

JEANNINE

Ce n'est pas prouvé.

LUC

C'est prouvé. Cette femme que nous avons croisée dans le parc...

JEANNINE

Ah oui, la voleuse.

Je suis allé la voir. Elle a reconnu qu'elle me devait l'équilibre, la joie de vivre.

JEANNINE

Voilà de riches présents. Et comment avez-vous fait pour les lui donner?

LUC

Je l'ai révélée à elle-même. Elle ne se connaissait pas. Elle m'a permis, jadis, de lire en elle...

JEANNINE

Et qu'avez-vous lu ?

LUC

L'amour du mal, l'instinct de la destruction, le besoin de duper et d'exploiter ses semblables.

JEANNINE

Mais moi, je ne serais pas plus heureuse, si je détroussais les passants.

LUC, lui prenant la main.

Je le sais, ma douce, ma pauvre Jeannine... (Elle relire sa main.)

JEANNINE

Vous ne chercheriez pas à me connaître davantage, si vous vous doutiez à quel point je suis peu intéressante. Mes misères sont celles de beaucoup de femmes.

LUC

J'en suis persuadé.

Mais il me semble que si je vous les dévoilais, au lieu de les alléger, vous les aggraveriez... en y attachant trop d'importance.

LUC

N'en parlons plus. Je ne veux pas vous inquiéter. Je ne veux que votre paix.

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