‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 34 sur 71 · SCÈNE lit · texte numérisé non relu

SCÈNE lit

JKAXNINE

Oh, en voilà, un mensonge !

LUC

Un mensonge ?

JEANNINE

Est-ce vouloir ma paix que de m'embrasser, le soir, dans Pescalier ?

LUC

Vous étiez si grande, sur cet escalier... Vos cheveux pendaient si tragiquement... Et vous frôliez le mur d'une main si incertaine... Vous étiez tellement vous-même, enfin... chancelante et malheureuse... C'est cette image soudaine, dépouillée, de votre personne que je n'ai pu me retenir d'enlacer... Et je croyais que vous aviez pardonné.

JEANNINE

A vous, oui. Pas à moi.

LUC

Qu'aviez-vous à vous pardonner?

JEANNINE, bas.

Ma complaisance.

LUC

Jeannine !

JEANNINE

Oh, ne vous méprenez pas... N'imaginez rien de flatteur... Mais c'est si dur d'être privée de caresses î Il y avait près d'un an qu'un homme ne m'avait serrée dans ses bras.

LUC

Pourquoi vous condamnez-vous à cette vie d'ascète?

JEANNINE

Il est trop tard pour en changer.

LUC

Quel âge avez-vous ?

JEANNINE

J'ai vingt-huit ans... et quelques siècles.

LUC, riani.

Vous ne portez pas les siècles.

JEANNINE

Ils sont là.

LUC

Vous n'avez pas de meilleure raison ?

J'en ai d'autres.

LUC

Votre mari ?

JEANNINE

Non. Felse m'a rendu ma liberté.

LUC

Alors ?

JEANNINE, fronçant les sourcils.

N'insistez pas. Je vous demande simplement de ne plus jamais m'embrasser. Est-ce que nous ne

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