‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 36 sur 71 · SCENE ni 22o · texte numérisé non relu

SCENE ni 22o

LUC

Je sais tout cela.

JEANNINE

Alors ?

LUC

Je ne désire pas ces femmes plus jeunes et plus saines.

JEANNINE

Pourquoi ?

Parce que le désir, en moi, n'est jamais tout à fait animal. Il est inséparable d'un autre désir, que Téclat de la jeunesse n'assouvirait pas.

JEANNINE

Un autre désir ?

LUC

Oui... Je suis sûr que si vous ne m'aviez pas dévoilé certains replis de votre ûme, je n'aurais pas désiré votre corps. Je sais qu'en le désirant, je tends vers quelque chose que les membres n'étreignent pas. Je cherche à connaître ce que les sens ne perçoivent pas, à posséder ce dont l'esprit seul peut se réjouir.

JEANNINE

Et si je vous disais qu'il n'y a rien, en moi, qu'un noble esprit puisse aimer ou respecter... rien même qui puisse le captiver... rien que de mesquines angoisses et une lassitude mortelle ?

LUC

Je n'espérais pas trouver en vous autre chose.

JEANNINE

Triste aliment, pour une pensée comme la vôtre.

LUC

Ma pensée ne se nourrit ni de force, ni de beauté.

JEANNINE

De quoi se nourrit-elle ?

Des rêves malsains ou criminels que font les femmes.

JEANNINE

Comme c'est étrange î

LUC, sourianl.

Je ressemble au Bakou, ce démon japonais dont la fonction spéciale est de dévorer les mauvais songes.

JEANNINE

De dévorer les mauvais songes ?

LUC

Oui. Et en les dévorant, d'en délivrer le dormeur. Il change la terreur en joie. C'est un démon bienfaisant. Je suis pareil au bon mangeur de rêves.

JEANNINE

Et vous changez, comme lui, la terreur en joie?

LUC

N'en doutez pas.

{Elle réfléchil. Il Vallire vers lui. Elle se

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