‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 35 sur 71 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

pouvons pas être amis, tous les deux? J'aîme tant vous avoir près de moi. Vous me faites tant de bien. (Elle lui prend la main el la pose sur son fronl.) Tenez, quand je mets ainsi votre main sur mon front... ou quand vous touchez mes cheveux, comme vous faisiez l'autre jour, je me sens plus calme, presque forte. Quelque chose s'apaise dans mon cerveau.

LUC

Ai-je donc ce pouvoir ?

JEANNINE

Vous l'avez.

(Silence,)

Ne soyez pas votre dupe. (// écarle sa main du fronl de Jeannine,) C'est une paix trompeuse.

JEANNINE

Pourquoi, trompeuse?

LUC

Elle n'est que l'enveloppe du désir.

Oh non, je sais bien ce que je ressens auprès de vous. Je n'ai pas peur de moi.

LUC

Ni de moi ?

JEANNINE

Pas en ce moment. Je crois à votre bonté*

LUC

Je ne suis pas toujours bon.

JEANNINE

Je le sais. Vous êtes parfois âprement curieux, penché sur moi comme un chirurgien sur une plaie. Mais vous ne mentez pas, du moins. Vous n'avez pas d'hypocrisie.

LUC

Je mentirais... si je vous taisais que, depuis quelques jours, je ne puis vous approcher sans désir.

JEANNINE, reculant.

Comme c'est triste î

Triste?

JEANNINE

C'est la fin de notre amitié, la fin de ma confiance. Si vous saviez quelle pauvre amoureuse je fais !

LUC

Je n'ai pas encore parlé d'amour.

JEANNINE

Suis-je désirable ? Ne dites pas que vous me trouvez jolie. Oui, mes yeux seraient beaux, s'ils n'étaient constamment égarés. Vous savez qu'il y a des enfants qui ont peur de moi ? Tant de femmes sont plus jeunes, plus saines et faites pour le plaisir.

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