SCENE IV
Le jardin. Midi. Un dur mistral herse la mer et ébouriffe les palmiers.
Luc cause avec Fearon.
LUC
Pourquoi t'en vas-tu ?
FEARON
D'abord, le coup est manqué. Les perles de l'Egyptienne sont fausses. Et puis, je ne peux plus supporter la Brown. Si je la garde près de moi, je la tuerai certainement. Et puis, j'ai besoin d'espace. Comment peux-tu rester des mois collé à la même motte de terre ? Ce mistral me pousse au large.
LUC
Où vas-tu ?
FEARON
Je m'embarque ce soir pour la Corse. Ha, j'espère sauter, demain matin, en vue des côtes... Ensuite, je retourne en Afrique. Je descends chez mes amis, les pillards. Six jours de piste à travers les steppes. Voilà du sport, my boy. Et je les trouve dans leurs villages de troglodytes, ou bien sous
leurs tentes noires, quelque part entre des couloirs de pierre rouge. Je leur rachète les bijoux volés qu'ils ne peuvent pas écouler. Il y a là du butin qui moisit depuis plus de cinquante ans. Ah î ils en sortiront de leurs bissacs, des chaînes de montres, des bagues, des boussoles et des épingles de cravates. Je vais faire une rafle magnifique !
LUC
Qu'as-tu, aujourd'hui? On dirait que tu as bu.
FEARON, lui monlranl son rélicule.
Look al Ihis ! Comment le trouves-tu ? Je m'ennuyais, en sortant de chez moi. Je l'ai enlevé chez un bijoutier. Voilà un apéritif!
LUC
Tu as certainement bu.
FEARON
J'ai bu le vent bleu qui tombe des montagnes. Les choses sont ce qu'elles sont, dans une lumière pareille. Regarde les lettres d'or sur le toit des hôtels. Le Palace est le Palace et le Grand n'est pas le Majeslic. Les gens non plus ne peuvent pas tricher avec eux-mêmes. Un psychologue est un psychologue et une canaille, une canaille... Sais-tu ce que j'ai fait du traître qui m'avait dénoncée à la police anglaise, l'été dernier ? Shangayed, my boy. Rencontré dans China-Town, attiré dans un bar, au bord de la Tamise et drogué. Vendu au capitaine du Cachalol, un baleinier américain en