‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 39 sur 71 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

LUC

Je n'en suis que trop persuadé.

JEANNIXE

Alors ? Je ne pouvais pas être le petit animal coupable que vous dites ! J'ai beau descendre en moi, je n'y trouve, à l'égard de mes parents, que les sentiments les plus purs.

LUC

Il y a deux êtres en vous, deux êtres qui s'ignorent et se fuient. Vous n'en connaissez qu'un.

JEANNINE, avec violence.

L'autre n'a jamais existé ! Je n'ai jamais été ce monstre maladif!

LUC, avec douceur.

C'est à lui que vous répondez. C'est contre lui que vous vous débattez. Vous ne guérirez qu'à condition de le connaître et de l'absoudre.

JEANNINE, se levant.

Guérir ! Si j'étais sûre d'avoir souhaité la mort de ma mère, j'irais m'en punir de ce pas !

LUC

Ma pauvre Jeannine, voilà des années que vous vous punissez de vos crimes enfantins... Œdipe lui-même sort acquitté du tribunal de la conscience.

JEANNINE

Œdipe ?

LUC

C'est l'humanité, obsédée sans le savoir par le meurtre et l'inceste. ^Silence. Elle réfléchit.) Croyez-moi, ce sont des remords fantômes qui pèsent sur vous... des brouillards si lointains que l'amour et la haine y ont encore le goût du lait. (// esquisse un geste d'effacement sur le front de Jeannine. Elle ferme les yeux,) Je vous acquitte... Je vous acquitte.

{La nuit est venue.)

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