‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 71 sur 71 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

FEARON, triomphante.

Ton successeur, la hyène. Elle flaire, elle aussi, sa pâture de loin... Ki elle dépèce les corps bien plus parfaitement que toi les âmes. Après elle, la place est vraiment nette. (Le poussant du pied.) Va, maintenant. Rapporte-la ici. Et demain, le Tombeau de la Chrétienne cessera d*être vide. Va... (It pteure. Elte se penche au-desus de lui. Avec douceur.) Tu oublieras... Tu oublieras ce cauchemar sans amour. Moi aussi, je mange les rêves.

RIDEAU

De même que les Ratés et le Temps esl un songe, le Mangeur de Rêves fut représenté à Genève, au théâtre Pitoëff, avant de l'être à Paris, sur la scène que dirige M. Jacques Hébertot.

Dans sa réalisation, M. Georges Pitoëffa renoncé délibérément au décor figuratif en faveur du décor idéologique. Toute la pièce se déroule dans un vaste cadre en velours noir, que traversent des bandes d'étoffe ou des baguettes de couleur. Dans la position de ces baguettes qui, tantôt s'inclinent transversalement, tantôt forment un triangle assis sur sa base ou équilibré sur sa pointe, M. Georges Pitoëff cherche un commentaire symbolique du texte. Le public m'a paru docile aux suggestions du metteur en scène et sensible à la beauté de ces constructions géométriques, striant de vert, de jaune ou de pourpre le désert noir du velours. La pièce, ainsi montée, prend un caractère irréel parfaitement justifiable : le Mangeur de Rêves peut être interprété comme un long rêve de curiosité, de destruction, de responsabilité, d'amour meurtrier.

Mais les metteurs en scène qui auront à s'occuper de cet ouvrage commettraient une erreur en cherchant à reproduire les conceptions^du grand artiste russe : ils devront essayer de réaliser une succession d'images de plus en plus colorées.

Le rapide enchaînement des tableaux et la simplification harmonieuse du décor devront, comme dans toutes mes pièces, demeurer leur préoccupation essentielle.

Paris, mars 1922.

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