SCÈNE IX
FEARON
Voilà celui qui trouve raisonnable d'épucer les consciences et déraisonnable de parler d'amour !
LUC
Tu me fais horreur !
FEARON^ avec une violence sauvage.
J'ai assez de passion pour transformer ton horreur en désir, assez pour faire fleurir le steppe et jaillir les eaux de la montagne !
Tu n'as pas de prise sur moi... puisque je ne t'aime pas.
FEARON
Les cœurs froids ne font pas les hommes forts. Ne te crois pas fort, darling,
LUC
Je dis que je suis libre et que...
FEARON, lui saisissant le bras et lui parlant à r oreille.
Libre ? N'oublie pas que nous sommes attachés au même cadavre, mon cher. C'est un fardeau que tu ne peux pas traîner sans moi. (Il se tait, atterré.) Combien de fois lui as-tu dit : « Je suis un mangeur de rêves, Madame ? » Au mangeur d'être mangé î
(Un silence.)
Luc^ dans une révoUe impuissante.
Oh, qui t'a donné cette puissance?
/ FEARON
vToî-même. Et ce n'est pas le moins comique. Tu es faible comme un adolescent, mais tu as le pouvoir de déchaîner les forces. Ne crois pas qu'elles se perdent. Non, elles se retournent toujours contre l'imprudent qui les a libérées. {Elle Va fait asseoir sur un escabeau et s^est blottie entre ses genoux. Elle le serre dans ses bras.) Je n'étais peut-être qu'une jeune fille comme les autres. Tu as fait de moi une voleuse et une criminelle. Tu seras étouffé par les mauvais génies que tu as délivrés...
LUC, cherchant à se dégager, mais plus faiblement que tout à l'heure.
Je te hais.
FEARON, avec tendresse.
I love you! Et tu m'aideras, tu sais? Je t'apprendrai le métier. Tu deviendras un filou très passable (Bas.) On m'a indiqué un coup superbe, à Manchester...
(On entend, au loin, une sorte de rire saccadé.)
LUC
Écoute...
FEARON, se relevant.
J'ai entendu.
LUC
Qu'est-ce que c'est...