LE GRAND-PÈRE, L'INNOCENTE, JEANNE, AMÉ, LE CHEVRIER
(On entend en haut, à gauche, un bruit de clochettes. Le chevrier dévale sur le chemin.)
AMÈy sortant du chalet.
V'ià le pâtour qui ramène ses tchiébras.
JEANNE
Il a peut-être vu ton frère.
(Le chevrier, un garçon d'une quinzaine d'années, an teint bronzé, un bissac sur le dos, un bâton à la main, souhaite, d'un bref hochement de tête, le bonsoir aux Tairraz, en passant devant eux.) Hé, pâtour !
(Le chevrier s'arrête. Les sonnailles des chèvres décroissent dans l'éloignement.) Une parole, pâtour... Où as-tu mené tes tchiébras, ce tantôt ?
LE CHEVRIER
Au Creux-de-Champ.
JEANNE
Une mauvaise place, pâtour... Pas plus d'herbe que sur le toit d'un chalet... Tu crains donc pour tes jambes ?
LE CHEVRIER
Je ne crains pas pour mes jambes.
JEANNE
Crois-tu que tes bêtes se feront du lait avec des cailloux ? Faut grimper droit dessus les crêtes !
LE CHEVRIER, avec naïvclé,
Y fait pas bon, dessus les crêtes... Y a les bacans.
JEANNE
Les esprits ? Y te prendront pas. Qu'est-ce qu'y feraient d'un mauvais gars comme toi?... Y prennent que les bons.
LE CHEVRIER
Y prendront mes bêtes!... Je les ai vus d'en bas...
JEANNE
Tu as vu les esprits ?
LE CHEVRIER
Vère... J'ai vu leur chaudière qui fumait... J'en ai vu un qui jetait des pierres dedans, du haut de la Dent Rouge... J'ai vu les pierres qui dévalaient dans les couloirs... Des grosses, des petites... Ça en faisait, un vacarme ! C'était comme le canon.