ACTE I
LE CURÉ
Une autre fois. Il faut que je descende chez la mère Paccaud qui est malade.
CLAIRE
Au revoir, monsieur le curé.
(// sort.)
JORAS, descendant.
Va falloir que tu me copies quelque chose, fillette.
CLAIRE
Tout ce que tu voudras.
JORAS
Cest un projet pour l'entrepreneur... Viens ici, je vais te l'expliquer... (Elle le rejoint. Il déplie an papier.) Voilà... Notre jardin ne me plaît pas, fillette. Ce n'est pas un jardin, c'est un enclos. Moi, je veux des allées, des plates-bandes, une tonnelle et tout le tremblement.
CLAIRE
Cela coûtera cher.
JORAS
Est-ce que je m'en soucie ! Est-ce que j'ai regardé aux écus pour la construction ?... et pour l'ameublement ? Je me suis payé le plus beau chalet de la vallée... et tu voudrais que je fasse le pingre pour quelques milliers de francs de terrassement et de maçonnerie ? Non, non ! Je n'ai pas travaillé trente ans sur une terre étrangère pour me gêner à mon
retour au pays ! Je suis riche ast'heure I Et je veux que le monde le sache. Regarde mon projet... {Il lui montre le plan,) Si je n'ai pas assez de place de ce côté-ci du chemin, je leur achèterai leur bicoque, à ceux d'en face, et je la mettrai bas, plat comme une bouse.
CLAIRE
Ils ne voudront pas te la vendre.
JORAS
Nous verrons, nous verrons.
CLAIRE, éludianl le plan.
Que veut dire ceci?
JORAS
Ça veut dire que j'égalise le terrain. Je nivelle tout. C'est capital, dans ce pays-ci.
CLAIRE
Et cela ?
JORAS
C'est une cage ! Une grande cage que je plante au beau milieu de la pelouse et où je fourre des aigles!... Hein, ça en fera, un effet I... Et faudra pas que le vieux me les chicane, mes aigles!... Faudra pas qu'il leur lâche des coups de fusil ! Ah, non ! Ou alors, je le fais mettre en prison. C'est plus eux, les rois du pays, ast'heure ! C'est nous autres ! Ne l'oublie pas, fillette... Allons, va copier ce projet.