‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 114 sur 186 · C TE I · texte numérisé non relu

C TE I

de jungle, sous la Croix du Sud, quand les fauves commencent à donner de la voix, où cet homme-là pleurerait de belles larmes sur sa pitié, son intelligence et sa vertu ! (Se levant.) Heureusement que les sauvages et les fous nous consolent de cette race!

THÉRÈSE, riant.

Nous savons que tu préfères la conversation du boy à celle d'un membre de l'Institut. De Neveux, par exemple.

SARTERRE, même jeu.

Il y a dans cette tête cuivrée des visions de grands soleils jaunes et de rizières inondées qui n'ont jamais hanté la cervelle d'un musicien officiel.

Je l'ai entendu faire votre éloge à la sortie. Neveux. 11 disait dans un groupe ; « Sarterre est le libérateur de la musique française. »

SARTERRE

Il en est, lui, le garde-chiourme. Mais, un gardechiourme beaucoup trop peureux pour mal parler des forçats évadés.

THÉRÈSE

Vera, vous qui étiez au promenoir, savez-vous exactement ce qui s'est passé, après le second morceau ? Mahé prétend qu'on a sifflé.

VERA, vivement.

Ce n'est pas vrai... Il y avait des gens avec des

sifflets. Des ratés, de vieux bohèmes, toute une cabale. Dès le début du concert, ils se sont mis à mal parler du maître. Ils me rendaient si nerveuse que j'ai changé de place.

THÉRÈSE

Que disaient-ils ?

VERA

Oh, des inepties, naturellement... Qu'il ne sait pas écrire... qu'il a payé le comité des concerts, pour être joué.

THÉRÈSE, indignée.

Tu entends, Michel ?

(Sarlerre hoche la lêle vaguement. Il rêvasse, étendu sur le divan.)

Ils essayaient de faire rire le public autour d'eux. Ils appelaient la Symphonie, la bamboula. Votre mari, le nègre. Ils se montraient leurs sifflets. L'un avait sorti son trousseau de clefs et il blaguait, pour la galerie : « Celle-ci me sert pour Wagner... Mais, le son est trop rond. Celle-là me servait pour Brahms. Pour Sarterre, ce sera la grande. Il y a un pois sec dedans. Elle fait sirène. »

{Sarlerre rit.)

THÉRÈSE

C'est ignoble.

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