SCÈNE XII
THÉRÈSE, SARTERRE, VERA.
(Vera entre de droile, portant un cahier qu'elle offre à Sarterre.)
SARTERRE
Qu'est-ce que c'est ?
VERA, timide.
C'est un cahier, maître... Tout. ce qui a paru sur vous, depuis deux jours ; je l'ai découpé.
SARTERE, souriant.
Comment ? La bave coule déjà ?
VERA
Il y a des notes, des avant-premières... Demain^ je découperai toute la presse. Ça ne vous déplaît pas ?
SARTERRE, même jeu.
Non, petite Vera. Je m'étais promis de ne rien lire, mais puisque vous avez pris cette peine... (// ouvre le cahier.)
VERA, lui désignant certains articles.
Vous verrez comme les jeunes vous aiment !
SARTERRE
Et comme les vieux me détestent.
180 C7A7i VJE SECRETE
VERA
Ils ne vous comprennent pas.
SARTERRE, s'cwréîanl à une page.
Le monde des arls.
VERA
C'est un des plus stupides.
SARTERRE
Tant mieux. Nous allons rire. (// lit, d'abord des yeux, puis à voix haute.) « Monsieur Sarterre voudrait nous faire croire qu'il est un barbare ; mais il a beau violer rageusement les lois de son art, renier et bafouer sa sensibilité d'homme moderne, il n'en est pas moins, qu'il le veuille ou non, un homme moderne, lui aussi, un chrétien, un civilisé, égaré dans une voie sans issue... » (Souriant.) Il a de la chance, le monsieur I II sait ce que je suis. Il en sait plus long que moi 1 Tout de même, « un homme moderne, un chrétien, un civilisé »... Non, je ne crois pas. (// va s'étendre sur le divan et allume une cigarette.) C'est une espèce curieuse, quand on y songe. C'est propre en dedans et bien arrangé, et petit et confortable comme une cage à perruche, avec la mangeoire, la baignoire et le nid artificiel. Ça a un petit esprit qui va et vient comme un petit oiseau vert, bien à l'abri, bien sûr de lui, bien content de lui ! Et ça se trouve beau. Et ça chante : « Je suis le plus malin, le plus tranquille, le plus vertueux, le plus pitoyable... » {Un temps.) Ah, je connais des nuits