A C TE I
JEANNE
Il la fera î
AMÉ
Pas seul. Faudrait quatre bras pour s'y crocher.
JEANNE
Y colle au roc comme une mouche à la vitre.
AMÉ
C'est pis qu'une vitre... C'est tout glace, et raide, et mince... le fil de mon coutet quand je le plante sur la table.
JEANNE
Il n'a qu'à se gripper. Je te dis qu'il passera.
AMÉ
Il passera pas sans moi.
JEANNE
Ha, mon poulain, tu veux en être?
AMÉ, riant.
Vère.
(Il prend une baguette sur le bûcher et la taille avec son couteau.)
T'as raison. C'est votre montagne à tous les deux.
LE GRAND-PÈRE, avcc autorité.
Taisez-vous. La montagne n'est à personne. Les cimes sont pas faites pour les hommes. L'homme traque le chamois : là où le chamois s'arrête, y
faut que l'homme s'arrête. Voilà ce qu'est juste. De mon temps, pas un chasseur aurait grimpé plus haut que la Fourche... On savait ce qu'est permis et défendu... La montagne veut pas sentir le pied des hommes sur sa tête... Faut pas la mettre en colère, ou alors, gare les pierres!... On savait ça !.. .
AMÉ, gouailleur.
Aurait mieux valu savoir grimper.
LE GRAND-PÈRE
J'étais aussi bon montagnard que vous autres !... Seulement, quand j'arrivais dans les hauts, au lieu de gueuler et de me fout' de la montagne, j'ôtais mon chapeau et je disais : « Pardon, excuse ! Je viens pas vous ennuyer!... Je tire ma bête et je redescends. Y a pas d'offense. » Comme ça, les esprits me laissaient en paix. Tandis que vous autres...
AMÉ
Nous, on connaît pas la peur. V'ià la différence !
LE GRAND-PÈRE
Tu veux peut-être dire que je l'ai connue, moi ?... J'ai été cherché mon gibier au fond des crevasses... Je suis descendu sous le glacier, t'entends?... A trois cents mètres sous vos pattes ! Non, je connais pas la peur!... Seulement, je veux pas faire tort aux esprits... Je veux pas être en guerre avec eux.
AMÉ
C'est des contes. Y a pas d'esprits î