ACTE
LISE
Ce n^est pas vrai. Je ne suis pas de POpéra.
LA PROXÉNÈTE
Elle est de l^Opéra par sou père, qui était choriste. Oui, oui... Si le cher homme n^était pas mort, cette enfant-là ne serait pas forcée de travailler... Mais qu'est-ce que je disais donc ?... Hein?... Qu^est-ce que je disais?
LISE
Maman ne sait plus ce qu'elle dit.
LA PROXÉNÈTE
Et pourquoi donc que je ne sais plus ce que je dis, hein ? Parce que depuis deux ans, je m'éreinte à courir pour toi, pendant que tu regardes voler les mouches!... Ah, justement, c^est ce que je disais... (Elle boil.) Ah, si vous saviez, ami, ce que j^en ai fait, des tours et des détours dans ce cochon de Paris ! Il faut se démener, pour gagner son pain ! Des amis sérieux et généreux, on n'en trouve plus... Et quand, par hasard, j'en fais un, la petite n'en veut pas, sous prétexte qu^il n^est pas beau, qu^il n^est pas jeune I Elle se moque de lui et l'appelle « vieux ballot ». C'est honteux! honteux! {Elle vide son verre.)
SARTERRE
Filez, maintenant.
LA PROXÉNÈTE, se levanl.
Bien, bien, je m'en vais. (A Lise,) Je t'attendrai
au bal. (A Sarterre.) Si vous étiez généreux, vous me feriez quarante sous, que je puisse me rafraîchir en écoutant la musique. (Il lui lend une pièce blanche.) Merci ! Au revoir, ami.
(Elle sort.)