ACTE II
Ah, tu ne vas pas recommencer, n'est-ce pas ?
ÏH£RÈSE
Ecoute-moi et sois sincère. Est-ce que, parfois, tu ne t'es pas interrogé anxieusement sur sa valeur, sur son pouvoir ? Est-ce que tu n'as pas senti en toi une odeur de néant? Est-ce que tu n'as pas deviné qu'il te manquait, à toi et à ton art, une chose nécessaire, inconnue, mais qui existe, pourtant ?
SARTERRE
A mon art ? Jamais.
THÉRÈSE
Eh bien, tant pis... Car il est incomplet. Il te reste un univers à découvrir. Fanères te l'a dit, un jour... Et ce que nous flairions en ton œuvre de honteux et de périssable, c'est cette boue d'où tu es si fier de l'avoir tirée. Si tu ne peux féconder que l'ordure, c'est que tu n'as pas assez de génie! Ta gloire est usurpée ! Je te le dis en face et tu sais que je dis vrai.
SARTERRE
Rabaisse-moi... ça ne m'émeut pas... Mais oserastu nier que tu parles en ce moment par basse colère? Par mauvaise rage de femelle humiliée?
THÉRÈSE, lomhanl brusquemenl à genoux devant lui.
Non!... Non!... Je n'ai pas de haine! Je ne pense
ni à ma tendresse souillée, ni à mon corps méprisé!... Je n'ai pas d'orgueil et je ne mens pas. J^ sais! Je sais que tu ne vis pas toute la vie! Je sais qu'il y a autre chose 1
SARTERRE
Pas pour moi!
THÉRÈSE, avec une convicUon profonde.
Il y a autre chose !
SARTERRE
Pas en moi !
THÉRÈSE
En toi comme en tout être humain ! Il existe, audessus de nous, une vérité. Je Tai trouvée! Je la possède et j^en vis.
SARTERRE
Tu as trouvé Pillusion créée par tes désirs.
THÉRÈSE, avec une certitude presque extatique. J^ai trouvé ce qui me rend éternelle.
SARTERRE
Nomme-le.
THÉRÈSE
Appelle-le âme, amour, infini, peu m^importe. J^ai trouvé ce qui exalte ma chair misérable et ce qui la sauve. J^ai trouvé ce qui efface honte et douleur, ce qui ouvre le grand espoir... Si tu te ré-