SCÈNE V
LES MÊMES, moins AMÉ, JORAS.
JORAS, sortant de son jardin, une lettre à la main et s'arrêtanl au milieu du chemin, à Jeanne. Tu n'as point vu le facteur, Jeanne ?
JEANNE
Nous ne recevons point de lettres, nous autres.
JORaS
Moi, j'en reçois tous les jours... Comme c'est son heure, tu aurais pu le voir.
JEANNE
Nous ne voyons point qui va chez les voisins, nous autres.
LE GRAND-PÈRE
Discute pas avec c't'étranger, ma fille. (A Joras.) Nous ne vous connaissons point.
JORAS, riant.
Comment, grand-père Tairraz? Ça dure encore, la plaisanterie?... Vous ne voulez toujours pas reconnaître le cousin Joras ?
LE GRAND-PÈRE
Joras ?... C'était un homme qu'a quitté le pays, il y a trente ans passés... Il est mort aux Amériques... Vous n'êtes point le cousin Joras... Vous êtes quèque étranger qu'a pris ce nom-là pour s'implanter dans le pays. Je ne vous connais point.
Ah, ah ! Vieux diable î Comme si vous ne devriez pas tous être reconnaissants qu'un homme qui a de la sagesse et de l'instruction, un homme civilisé, je peux le dire, soit revenu vivre ici, pour le bien du pays !
JEANNE, ironique.
Que bien que tu vas donc nous faire, Joras ?