‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 160 sur 186 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

MAHÉ

Eh bien, on chuchote sur vous des choses fâcheuses... oui, fâcheuses pour un musicien et pour son éditeur.

SARTERRE

Lesquelles ?

MAHÉ

On dit que... {Tirant un journal de sa poche.) Au fait, lisez. C'est le dernier numéro du Monde des Aris.

SARTERRE, sortanl le même journal de sa poche. J'ai lu.

MAHÉ

Ah?... Eh bien, qu'est-ce que vous en pensez?

SARTERRE

Rien. Un fruit sec a parfaitement le droit d'écrire que je suis vidé. En quoi voulez-vous que ça me trouble ?

MAHÉ

Oui, mais il me fait du tort, à moi, qui suis votre éditeur. Comptez-vous répondre ?

SARTERRE

Non.

MAHÉ

Vous avez raison. La meilleure réponse, c'est de publier. Qu'est-ce que vous allez me proposer ?

SARTERRE

Je n'ai rien de terminé.

MAHÉ

C'est surprenant.

SARTERRE

Je ne suis pas une machine à musique.

MAHÉ

Mais, il y deux ans que vous n'avez rien donné.

SARTERRE

Je me tairai dix ans, si je le juge nécessaire à mon évolution.

MAHÉ, ému.

En voilà, une idée ! Mais vous serez complètement oublié. Et moi qui ai eu tant de frais... pour graver votre symphonie! Voyons, soyez sérieux. V^ous n'avez rien de terminé ? Soit. Mais vous travaillez. A quoi travaillez-vous ? Au moins, donnez-moi un titre. Je l'annoncerai.

SARTERRE

Non. Pas même un titre. Je ne veux rien engager. Qui sait si demain, je ne brûlerai pas ce que j'écris aujourd'hui ?

MAHÉ, effrayé.

Brûler ? Faut pas brûler, jamais brûler. C'est de l'argent qui s'en va en fumée. Mettez de côté. Après votre mort, on retrouvera dans vos cartons. Et on publiera. A l'heure qu'il est, moi, je publie encore du Chopin inédit. Croyez-moi, une dizaine de

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