ACTE III
MAHÉ
Eh bien, on chuchote sur vous des choses fâcheuses... oui, fâcheuses pour un musicien et pour son éditeur.
SARTERRE
Lesquelles ?
MAHÉ
On dit que... {Tirant un journal de sa poche.) Au fait, lisez. C'est le dernier numéro du Monde des Aris.
SARTERRE, sortanl le même journal de sa poche. J'ai lu.
MAHÉ
Ah?... Eh bien, qu'est-ce que vous en pensez?
SARTERRE
Rien. Un fruit sec a parfaitement le droit d'écrire que je suis vidé. En quoi voulez-vous que ça me trouble ?
MAHÉ
Oui, mais il me fait du tort, à moi, qui suis votre éditeur. Comptez-vous répondre ?
SARTERRE
Non.
MAHÉ
Vous avez raison. La meilleure réponse, c'est de publier. Qu'est-ce que vous allez me proposer ?
SARTERRE
Je n'ai rien de terminé.
MAHÉ
C'est surprenant.
SARTERRE
Je ne suis pas une machine à musique.
MAHÉ
Mais, il y deux ans que vous n'avez rien donné.
SARTERRE
Je me tairai dix ans, si je le juge nécessaire à mon évolution.
MAHÉ, ému.
En voilà, une idée ! Mais vous serez complètement oublié. Et moi qui ai eu tant de frais... pour graver votre symphonie! Voyons, soyez sérieux. V^ous n'avez rien de terminé ? Soit. Mais vous travaillez. A quoi travaillez-vous ? Au moins, donnez-moi un titre. Je l'annoncerai.
SARTERRE
Non. Pas même un titre. Je ne veux rien engager. Qui sait si demain, je ne brûlerai pas ce que j'écris aujourd'hui ?
MAHÉ, effrayé.
Brûler ? Faut pas brûler, jamais brûler. C'est de l'argent qui s'en va en fumée. Mettez de côté. Après votre mort, on retrouvera dans vos cartons. Et on publiera. A l'heure qu'il est, moi, je publie encore du Chopin inédit. Croyez-moi, une dizaine de