SCENE IV
THÉRÈSE, FANÈRES.
(Ils entrent de droite et prennent place devant le feu,)
THÉRÈSE
Quand dites-vous que cet article a paru ?
FANÈRES
Avant-hier.
THÉRÈSE
Vous ne l'avez pas sur vous ?
FANÈRES
Je n'ai pas osé vous l'apporter.
THÉRÈSE
Il est donc bien cruel ?
FANÈRES
Oui.
THÉRÈSE
Il a dû le lire. Il s'intéresse maintenant à tout ce qui le concerne.
FANÈRES
Il vous en aurait parlé.
THÉRÈSE
Certainement pas. Il ne me parle même plus de son travail.
264 UISE VIE SECRETE
FANÈRES
Il travaille ?
THÉRÈSE
Il écrit. Il déchire... Il songe... Il passe des heures accroupi sur ce divan. Quant au résultat de ses travaux et de ses méditations, vous pourriez aussi bien le demander à l'idole.
FANÈRES
Ma pauvre amie...
THÉRÈSE
Fanères, quand vous avez lu cet article, vous avez pensé qu'il s'agissait d'une calomnie, n'est-ce pas ? Vous n'avez pas cru que Michel...
FANÈRRS
Non, sans doute. A moins que...
A moins que ?
FANÈRES
A moins que la débauche n'ait porté ses fruits... La stérilité, la mort de l'esprit.
THÉRÈSE
Ce serait monstrueux.
FANÈRES
La nature ne connaît pas nos indignations. Elle dégrade avec la même indifférence les génies et les imbéciles.