SCÈNE V
LES MÊMES, SARTERRE.
SARTERRE, entrant de gauche.
Bonsoir, Fanères... Vous venez voir si j'ai lu Le Monde des ArfsP.,. Oui, je l'ai lu.
THÉRÈSE, vivement.
Les calomnies d'un journaliste ne peuvent pas t'atteindre.
SARTERRE
C'est ce que j'ai répondu tout à l'heure à Mahé... Mais à vous deux... pourquoi mentir ? (Sortant de sa poche une coupure de journal.) Ce bout d'article, c'est mon faire-part de décès.
FANÈRES
Vous dites ?
J'ai un cadavre sous la peau... Le Vieux est mort... Je ne peux plus travailler.
(// laisse tomber V article de journal.)
THÉRÈSE, avec angoisse.
Michel ! Es-tu sûr de ce que tu dis ?
SARTERRE
Oui. Depuis un an, je ne trouve que des fadeurs, des rengaines... Ce que j'écris ressemble aux devoirs d'harmonie des élèves de Fanères... C'est bien fini.
FANÈRES
C'est une crise. Vous la traverserez.
SARTERRE
Oh, je composerai encore de la musique. Mais celui qui chantait en moi, ne croyez pas qu'il revive... Autrefois, la musique était partout. A la campagne, elle se levait autour de moi, avec le vent du matin, sur les collines en fleurs... Au désert, elle m'était soufflée à la face, avec les boufi'ées chaudes qui montent du sol... Je marchais dessus. Je la respirais. Je la buvais... On en a vidé l'univers.
(Il s^ accroupi! sur le divan. Son visage a pris une expression d'amère fatigue,)
THÉRÈSE, pleurant, Michel, d'où vient cette malédiction ?
SARTERRE
Tu ne le sais pas ?... Mais, de toi, ma pauvre amie.
THÉRÈSE
Voilà deux années que ce malheur est au-dessus de moi... deux années que je redoute ces paroles.
SARTERRE
Je ne te reproche rien. Tu ne pouvais pas agir autrement... Personne ne peut agir autrement.
THÉRÈSE
Qu'ai-je fait ?