‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 165 sur 186 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

SARTERRE

Tu m'as détruit.

THÉRÈSE, gémissant et s* agenouillant devant lui, Michel !

SARTERRE

En intervenant dans ma vie, en la jugeant, en en parlant devant moi, tu as violé le secret de ma nature. Tu as empoisonné ma source. {Elle se cache le visage dans les mains et reste ainsi, à ses pieds, pendant qu'il parle.) Après cette scène, làbas, quand je me suis retrouvé seul, j'éprouvais une drôle d'impression... Je me rappelais certaine petite fille du Laos qui tressait des guirlandes près de mon campement... Sombre comme la terre... Un dos étroit, délicieux et des hanches si larges qu'on aurait dit un socle de bronze... Toute la journée, elle restait accroupie, maniant, maniant sans cesse les fleurs trop odorantes... Un matin^ je l'ai désirée. Elle ne résista pas, ne récrimina pas. Mais depuis ce jour, elle cessa de tresser des guirlandes... J'ai subi un outrage du même ordre... Quelque chose, en moi, d'intinîe et d'essentiel a dû être mis à nu, souillé...

THÉRÈSE, se relevant, emportée par une colère contre elle-même.

Ai-je été assez aveugle I... Assez stupide ! N'aurais-je pas dû comprendre en silence ? Pourquoi m'as-tu laissée parler ?

SARTERRE

Je ne savais pas que tes paroles étaient meurtrières.

THÉRÈSE

Et moi qui croyais le sauver, en l'éclairant sur lui-même ! Ah que Pamour est bête et méchant 1

SARTERRE, Vapaisant du gesle.

Ne t'accuse pas... Je devais pencher secrètement vers ma ruine, aspirer sans le savoir au mal que tu m'as donné. Je porte le poids de mon temps. Je suis né deux mille ans trop tard.

FANÈRES

Pourquoi ?

SARTERRE

Il y a deux mille ans, cet empoisonnement n'eût pas été possible, parce que le poison n'existait pas encore. Elle m'a communiqué le même fléau que le christianisme au monde : la conscience.

THÉRÈSE

Oui... Le regard sur soi-même, l'inquiétude, le sentiment du mal. Je le comprends, à présent I

Toute la charge chrétienne, que je croyais avoir secouée. Je créais sans savoir. Depuisque je sais, je ne crée plus : je me regarde et j'ai honte ; je suis devenu double... Il y a maintenant, entre la nature et moi, un miroir où je m'apparais, avec mes

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