ACTE III
VERA
Des têtes... des têtes de femmes... Elles avaient des chapeaux à plumes rouges, des rubans violets ou verts... et tout de même, elles étaient effrayantes.
SARTERRE
Pourquoi ?
VERA
Ces femmes étaient mortes... et toutes me ressemblaient...
SARTERRE, boulevcrsé, lui prenant la main, Vera !
VERA
Qu*avez-vous ?... Est-ce que je vous fais peur?
SARTERRE
Tu ne comprends donc pas ce qui se passe en moi ?
VERA
Non.
SARTERRE
Tout ce que tu as enduré depuis deux ans, c'est moi qui en suis responsable : j'ai cultivé ta démence, j'ai voulu détruire ta raison... Non par jeu, ni par cruauté, comme je le pensais jadis, mais dans une ivresse de puissance, dans une espèce d^amour meurtrier ! Peu importe, je l'ai détruite. C'est moi qui t'ai rendue folle !
VERA
Qu^est-ce que ça peut te faire ?
SARTERRE
Ça m'étouffe.
VERA
Tu penses donc au mal que tu fais, maintenant ?
Oui.
VÉRA
C'est singulier... Mais tu exagères ta culpabilité.
SARTERRE
NonI Tu m'as traité d'assassin et tu disais vrai.
VERA
J'exagérais, moi aussi. Tout le monde exagère... J'étais malade avant de te connaître.
SARTERRE
Ah, tu ne m'enlèveras pas le poids de mon crime. Je me demande, à présent, si ce n'est pas ce crime-là, tout simplement, que je suis en train d'expier.
VERA
D'expier ?
SARTERRE
Un grand malheur est tombé sur moi. Je ne peux plus travailler.