‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 173 sur 186 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

VERA

Des têtes... des têtes de femmes... Elles avaient des chapeaux à plumes rouges, des rubans violets ou verts... et tout de même, elles étaient effrayantes.

SARTERRE

Pourquoi ?

VERA

Ces femmes étaient mortes... et toutes me ressemblaient...

SARTERRE, boulevcrsé, lui prenant la main, Vera !

VERA

Qu*avez-vous ?... Est-ce que je vous fais peur?

SARTERRE

Tu ne comprends donc pas ce qui se passe en moi ?

VERA

Non.

SARTERRE

Tout ce que tu as enduré depuis deux ans, c'est moi qui en suis responsable : j'ai cultivé ta démence, j'ai voulu détruire ta raison... Non par jeu, ni par cruauté, comme je le pensais jadis, mais dans une ivresse de puissance, dans une espèce d^amour meurtrier ! Peu importe, je l'ai détruite. C'est moi qui t'ai rendue folle !

VERA

Qu^est-ce que ça peut te faire ?

SARTERRE

Ça m'étouffe.

VERA

Tu penses donc au mal que tu fais, maintenant ?

Oui.

VÉRA

C'est singulier... Mais tu exagères ta culpabilité.

SARTERRE

NonI Tu m'as traité d'assassin et tu disais vrai.

VERA

J'exagérais, moi aussi. Tout le monde exagère... J'étais malade avant de te connaître.

SARTERRE

Ah, tu ne m'enlèveras pas le poids de mon crime. Je me demande, à présent, si ce n'est pas ce crime-là, tout simplement, que je suis en train d'expier.

VERA

D'expier ?

SARTERRE

Un grand malheur est tombé sur moi. Je ne peux plus travailler.

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