ACTE III
SARTERRE
Pendant ces dix-huit mois, vous n'avez jamais eu un instant de paix, de bonheur ?
VER A
Si, parfois, dans l'intervalle de mes crises.
SARTERRE
Cet intervalle durait longtemps ?
Plusieurs jours... Je me sentais très faible... Je restais au lit, dans l'obscurité... Alors, du fond de ce néant, il naissait une sorte d'amour, de sagesse ardente... La raison n'a rien à dire là-dessus.
SARTERRE
Et le reste du temps ?
VERA
C'étaient d'horribles souffrances.
SARTERRE
Physiques ?
VERA
Non... Des angoisses, des peurs nocturnes, la tête qui se brouille... On ne sait plus où l'on est... On ne sent plus la présence des êtres.
SARTERRE
J'espère qu'on ne vous laissait pas seule ?
VERA
Si.., Le médecin avait dit qu'il était impossible de me soulager.
SARTERRE
Alors, que faisiez-vous ?
VERA, le regardant.
Oui, j'ai souvent pensé que cela vous eût intéressé, de me voir dans ces moments-là.
SARTERRE, très ému.
Vera ! Vous croyez que c'est par curiosité que je vous pose ces questions ?
VERA, robservant.
Je ne le crois plus.
SARTERRE
Si vous pouviez comprendre à quel point je suis bouleversé ! Continuez... Que faisiez-vous, quand il vous arrivait de souffrir ainsi ?
VERA
Je me levais, je prenais des pastels et je dessinais... Je voyais à peine mon papier... Mais il y avait une main qui guidait la mienne... La forme, les couleurs, les ombres, tout y était... C'étaient d'étranges dessins...
SARTERRE
Que représentaient-ils ?