ACTE III
THÉRÈSE, avec un accent de triomphe,
Fanères, voici mon premier instant de joie. Vous ne pouvez pas savoir dans quelle angoisse je vivais... La sienne, la sienne même I Est-ce que j'existe, moi ? Oui, assez pour mourir de son mal, pas assez pour guérir, s'il avait succombé ! Je me sens perdue, absorbée dans son destin. Ah, il ne doit plus redouter ce qu'il appelait ma force, car elle a cessé d'être. C'est lui qui m'a détruite et je ne lui en veux pas I Et je l'en remercie I Je ne suis plus que l'ombre de son âme I La frange de son bonheur ou de son chagrin. En ce moment, je suis ivre de son ivresse. Je triomphe parce qu'il triomphe ! Je suis contente, je suis contente I
(Elle pleure. Sarterre joue toujours, dans un enivrement croissant. Toute pensée de mort est maintenant absente de son improvisation. C'est un chant de vie et d^ amour qui s'élève, ardent et inspiré.)