SCÈNE II
LES MKMES, moins JEANNE.
AME
Tu ne viens pas ?
PIERRE
J'ai pas faim.
(Iljelle la dépouille à terre el se couche dessus.)
Pourquoi te caches-tu de moi ?
PIERRE
J'ai rien à te dire...
AMÉ
J'ai pourtant bien doutance de ce qui te chagrine.
PIERRE
lia, je voudrais être pareil à toi... Traquer le chamois et courir la montagne, ça te suffit... Quand tu t'endors dans le creux d'un alpage, avec une bête fraîchement tuée à tes côtés et des étoiles sur la tète, t'es heureux. A présent, le bonheur, je ne sais plus ce que c'est !
AME, senlencieusemenl.
C'est que tu es en chasse d'un autre gibier... Un gibier que les balles n'abattent pas... et qui vous endeuille l'âme, quand il s'encourt.
PIERRE
Vère.
AMÉ
Renonces-y, mon frère... Les femmes qui ne sont pas de chez nous, ça ne peut apporter que du malheur. (Pierre hausse les épaules.) Faut pas s'en mettre le cœur en peine; je sais ce que je dis... Quand j'étais dans les Alpins, à Nice, j'avais une fillette de là-bas... Elle m'en a fait voir, la dévergounia ! J'étais si malheureux que je voulais me périr pendant les manœuvres... Eh bien, une fois revenu chez nous, elle est sortie de moi peu à peu. Je Tai oubliée, parce qu'elle n'était pas du pays. Voilà.
PIERRE, brusquemenl.
Laisse-moi tranquille, avec tes gueuses de Provence !
AMÉ
Mais qu'est-ce que t'as ? V'ià que tu querelles ton frère, à présent... Quand y a trente ans qu'on vit ensemble sans dispute!
PIERRE
Aussi pourquoi me dis-tu de l'oublier ? Je ne veux pas l'oublier... Je ne peux pas!... J'ai beau courir les glaciers et grimper les falaises, rien n'y fait..*