‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 38 sur 186 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

soleil, comme d'énormes gemmes obstruant le ciel.) Allons, viens, j'ai fait du thé pour toi. (Il lui donne un verre de thé.)

CLAIRE

Merci.

PIERRE

J'ai taillé du pain... Seulement... tu n'en voudras peut-être pas...

CLAIRE

Pourquoi donc?

PIERRE, gêné, lui offrant le pain.

Il se fait vieux... Il n'est plus tendre. Il est couleur de pierre.

Donne toujours. J'ai faim, moi.

{Elle mange.)

PIERRE, inquiet.

Eh bien ? Comment le trouves-tu?

CLAIRE

P^xcellentl

PIERRE

Un peu dur, n'est-ce pas?... 11 faut le tremper.

CLAIRE

Mais je ne suis pas si délicate !

PIERRE, assis près d'elle.

Ce matin, j'ai été dans le souci à cause de toi.

CLAIRE

De moi ?

PIERRE

Je me disais : « Les biches de la forêt ne viennent pas chercher un maître dans les hordes qui gîtent près du glacier. Ça ne s'est jamais vu. Et si l'une d'elles grimpait là-haut, quand l'été chauffe les pierres sous ses pattes, elle se sauverait vite aux premières neiges. »

CLAIRE

Je ne me sauverai pas. Le père a beau crier partout qu'il a fait de moi une demoiselle, il se trompe. J'ai étudié; j'ai eu de belles robes, c'est vrai. Mais cette vie-là ne m'a pas apprivoisée.

La nôtre est tellement rude î

CLAIRE

Je sais... Je n'en ai pas peur. Au contraire... Tu verras comme j'aurai du cœur à la besogne! Je soignerai les bêtes ; je descendrai les fardeaux sur ma tête; je monterai les charges de foin dans les granges... Ça m'amusera de trimer.

PIERRE

Tais-toi... Tu ne sais pas de quoi tu parles... Je voudrais que tu sois chez moi comme la madone dans son église I Tu ne peux pas travailler comme nous autres...

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