ACTE III
PIERRE
Y en a de plus malheureux... A la Pierre- Pourrie, au fond des gorges, ils sont près de cent jours sans le voir.
VOIX d'amé
Eli' me quitte, ell' me quitte sans savoir pourquoi...
CLAIRE, énervée.
Voilà des heures qu'il chante la même chose.
Il a une bonne voix... L'été, cette chanson-là, il l'envoie d'une montagne à l'autre.
CLAIRE
Quel plaisir peut-il avoir à chanter toute la journée?
PIERRE
Il ne peut pas toujours dormir... Il n'aime pas causer... Et puis, on n'a rien à se dire... S'il ne chantait pas, y se saoulerait, c'est sûr. D'une manière ou d'une autre, v tant bien tuer la saison.
Elle me quitte...
CLAIRE
Elle me fait mal, sa chanson... Dis-lui de se taire.
PIERRE, appelant.
Amé ! (Amé paraît à gauche.) Ne chante pas comme ça, tu l'incommodes.
AME, à Claire.
Est-ce vrai?
CLAIRE
C'est lugubre, ce que tu chantes-là.
AMÉ, sourdemenL
Des airs gais, je pourrais pas me les arracher de la gorge.
Pourquoi es-tu si triste ?
AMÉ
J'ai mes raisons.
CLAIRE
Tu m^en veux donc toujours ?
AMÉ
Je ne dis pas ça.
CLAIRE
C^est pourtant vrai- Tu ne m'aimes pas; depuis deux ans que je suis ta sœur, tu ne m^as pas encore pardonné l'affaire de la Dent Rouge.
AMÉ
Sûr que si Pierre a renoncé à la cime, c^est bien de ta faute, Claire. Du jour où tu es entrée dans la cabane, il est de\ enu un autre homme. Il était comme un de ces fauche-à-plat du bas pays qui regardent les montagnes et qui disent : « Mon père, que c^est hauti Je nuirons jamais par là ! » Voilà ce que tu as fait de lui.