ACTE III
PIERRE, contraclé.
Ne parle pas de ça.
AMÉ
Regarde-le. Il a souffert plus que moi d^avoîr perdu la cime et son honneur.
CLAIRE
Il ne m^a jamais fait de reproches.
C^est que tu lui as donné ton cœur, pour lui remplacer les montagnes. Mais moi, tu ne m^as rien donné en place de ce que tu m^as pris.
CLAIRE
Que t^ai-je pris, Amé ? A la belle saison, ne pars-tu pas comme autrefois avec ton fusil? Ne restes-tu pas des semaines entières sur les hauteurs ?
AMÉ
Les hauteurs sont les hauteurs. Mais il n^y a qu^une montagne : c^est la Dent Rouge. Nous nous battions depuis des ans avec elle. Elle nous crachait ses tempêtes de neige et ses grêles de pierres. Elle nous trompait, elle voulait notre mort. Et nous ne lui avons pas marché sur la figure!... Il n^y avait que ça, vois-tu, qui aurait pu me donner le contentement dans cette vie I
CLAIRE
Pourquoi n'y es-tu pas retourné ?
AME
Tu sais bien qu\in homme tout seul n^arrivera pas en haut! Je ne peux rien sans lui. Et tu l'as détourné; tu lui as pris son courage... Et un jour, Fourtier et sa bande materont la grande carcasse... Ils lui planteront leur drapeau sur la tête ! (Il relient ses larmes.) Et tu me demandes ce que tu m^as pris ?
CLAIRE
Je ne regretterai jamais d^avoir empêché Pierre de risquer sa vie pour une folie pareille!
Tu ne peux pas me comprendre. Mais il me comprend, lui. Et il y a des nuits où il aimerait mieux se dessécher au fond d^une crevasse que de vivre et de penser que Fourtier aura la Dent Rouge.
PIERRE
Tout ça est oublié.
AMÉ
Moi, j^oublie pas.
PIERRE
Il faut se faire une raison. Si vraiment ce Fourtier a la puissance, comme il pense...
AMÉ, Vinlerrompanl,
La puissance ? Ceux qui disent ravoir,c^est qu^ils ne Tout pas. (Regardant C laire. )Ei ceux qui l'ont, ils ne s^en vantent point.
(Il sort à gauche.)