ACTE I
JEANNE
Non, monsieur le curé. Voilà trois jours qu'il n'a reparu...
LE CURÉ
Pourquoi ne pas envoyer à sa recherche ? Votre garçon a beau être le meilleur grimpeur du pays, on ne peut rien contre le mauvais temps !
JEANNE, appelant à rinlérieur du chalet. Amé!... (Amé parait,) V^a-t'en vers la pointe... et hèle ton frère... (Au curé.) S'il est outre le col, il répondra.
LE CURÉ
Et s'il est encore sur le glacier ?
(Amé se dirige vers le tournant du chemin ei monte sur un rocher, non loin du précipice, Jeanne et le curé sont sur le chemin, devant le chalet, Amé, debout sur le rocher, tourné vers la gauche, psalmodie d^une voix forte, en prolongeant indéfiniment les dernières syllabes.)
AMÉ
Frère, par delà l'eau.
Tu as guère joli temps, dis?
Lé-baï-lé-ro... baï-lé-ro-lo...
(Un silence. Ils écoutent. Amé chante de nouveau.)
Frère, par delà l'eau, Y vente bien dur là-haut, dis?
Lé-baï-lé-ro... léro... baïlérolo...
(Un silence. Amé revient vers eux.)
LA DENT nOUGE
LE CURÉ, à Amé.
Tu devrais essayer de le retrouver, Amé.
AMÉ
Y serait rusé, celui qui retrouverait un homme dans le pays d'en-haut.
LE CURÉ
Bah ! Tu connais toutes les pistes I
AMÉ
Le chamois ne suit point les pistes. Pierre a suivi le chamois.
LE CURÉ, haussant les épaules.
Allons donc!... Comme si ton frère n'avait pas un autre but que la chasse!... Tout le pays sait qu'il veut aller à la Dent Rouge.
AMÉ
Y n'aime point qu'on en jase.
LE CURÉ
On ne s'en prive pourtant pas... Les pâtres vous ont vus grimper jusqu'à l'épaule de la cime avec des cordes... Pourquoi n'es-tu pas parti avec lui, cette fois?
AMÉ
Y vaut mieux que moi pour trouver les chemins. Il a plus d'idées.
(Il se met à ranger dn bois.)