ACTE I
JEANNE
Je ne crains pas pour lui... Y a pas plus fort grimpeur... Avant qu'il tombe, cette montagne croulera...
LE CURÉ
Sottises !
JEANNE
Y reviendra bien tout seul.
LE CURÉ
C'est facile à dire î
JEANNE
Ne vous inquiétez plus de mon fîou... Il reviendra bien sans que vous le demandiez au bon Dieu!
LE CURÉ, froissé.
Bon. Faites à votre idée. D^ailleurs, il ne s'agit pas de ça. Je suis monté pour vous dire qu'elle est morte à l'hôpital, la Zéphyrine qui gardait vos chèvres.
JEANNE
Sa mort ne nous regarde point.
LE CURÉ
La justice pensera peut-être différemment, mère Tairraz. On sait, dans le pays, ce que vous lui avez servi de coups de trique, grand-père I... Si ce n'est pas honteux !... Une pauvresse où il n'y avait pas plus de mal que dans votre Innocente I
LE GRAND-PÈRE
Quand je trouve un quien... jTassomme. .. rapport au mauvais œil... CTenfant-là, c'était pire que dix quiens... Elle avait la puissance. Elle faisait périr les chèvres... Fallait bien y chasser le démon du corps,
LE CURÉ
Le démon I... Une pauvre idiote I
LE GRAND-PÈRE
Si c'était pas le démon qui la tenait, pourquoi donc que vous y avez jeté de Pieau bénite su'l'museau?
LE CURÉ
L'eau bénite n'a jamais fait de mal à personne !
LE GRAND-PÈRE
L'ieau bénite, le diab's'en moque... y ne connaît que la trique... C't'enfant-là n'était point de chez nous... Fallait pas qu'elle vienne embarner le bestial... Chaque étranger qui fera comme elle, j'y tannerai la peau !...
LE CURÉ
Vieux fou I Toujours la même marotte I Les étrangers ! Qu'est-ce qu'ils vous ont fait, les étrangers?
Y nous apportent des maladies.
LE CURÉ
Ils vous apporteraient de l'argent, si vous ne les dégoûtiez pas du pays.