ACTE III
PIERRE
Y a encore des choses que je comprends pas.
CLAIRE
Lis... je t'expliquerai.
PIERRE
J'y vois plus.
(La nuit est ioul à fail tombée. Il allante une chandelle qu'il pose sur le rebord de la fenêtre.)
On dirait que la lumière coûte rien.
PIERRE
Elle coûte moins cher que l'ignorance.
JEANNE
J'ai jamais usé mon temps ni ma chandelle à me bourrer la tête.
PIERRE
C Si tu l'avais fait, j'aurais moins de peine à comprendre.
JEANNE
Comprendre quoi ? Les mensonges qu'on écrit dans les livres? Pas besoin de ça pour vivre heureux.
PIERRE
Y faut pourtant connaître autre chose que la terre et les bêtes.
JEANNE
Pourquoi faire? T'auras beau arracher le savoir des livres comme ils arrachent le fer des mines, en bas, dans la vallée, tu n'y gagneras que le déconfort et la tristesse. (A Claire.) Une caisse d'imprimés, v'ià ce que t'as eu comme dot... et faut encore qu'avec ça tu tournes la tête à ton homme î (Une demie sonne à l'horloge. Avec colère.) La demie!... Et la soupe n'est pas servie!... A quoi penses-tu?
CLAIRE, se levant J'y vais.
C'est chaque jour la même chose. L'temps passe; y creuse le ventre... Tu ne t'en aperçois pas. Tu resterais là jusqu'à minuit, à regarder par la fenêtre sans rien voir... (Allant inspecter le travail de Claire.) Tu ne fais même pas attention à ton travail... V'ià plus d'un kilo de laine perdu... Qu'est-ce que t'as dans la tête, dis? (Claire s'affaire, sans répondre, autour du poêle. Elle sort une bassine du four et dispose des cuillères sur la table. Jeanne continue avec une irritation croissante.) Si tu n'as pas plus de cœur à l'ouvrage, fu peux retourner chez ton père ! Tu croyais peut-être nous faire un cadeau, en venant vivre avec nous autres ?... Pas un liard et des bras de demoiselle! Il est joli, le cadeau! Par chez nous, faut gagner le pain qu'on mange,.. Faut travailler.