ACTE III
CLAIRE
Tu sais pourtant bien que je t'aime. Pourquoi te voudrais-je du mal ?
PIERRE, avec une conviclion Iranquille, On fait le mal pour le mal... et quèquefois sans le savoir... quand on a la puissance.
CLAIRE, à qui ce dernier mol a révélé loule la profondeur de Vaberralion de son mari, éclate en sanglots. Il la regarde froidement, les lèvres serrées par la méfiance. Elle se dirige lentement vers la porte et dit, entre ses larmes : Puisque tu crois... que je te fais du mal... laissemoi m'en aller...
(Mais Pierre, comme pour prévenir quelque ruse, quelque trahison insoupçonnée, bondit devant la porte.)
PIERRE, avec violence.
Jamais ! Je te garde !
(// pousse la lourde barre de fer de la porte. Elle retentit sinistrement.)
CLAIRE, indignée.
Tu ne vas pas me retenir de force !
Si. Je t'enfermerai, s'il le faut.
CLAIRE, même jeu.
Ah, tu m'enfermeras ?
120 LA DENT noUGE
PIERRE
Ouai.
CLAIRE
Dans ce tombeau ? Sous ce cadavre ?
PIERRE
Ouai.
CLAIRE
Eh bien, méfie-toi î Méfiez-vous tous ! On ne sait pas de quoi je suis capable.
PIERRE
Je ne le sais que trop !
CLAIRE
Je mettrai le feu à votre tanière 1
PIERRE, traversant à gauche.
A nous deux, malfaisante! J'ai pas peur... C'est pas la première fois qu'une embarneuse est venue dans cette maison I
(Il prend la trique du grand-père, qui est restée près de son fauteuil.)
Qu'est-ce que tu fais ?
PIERRE, descendant, la trique à la main.
Tu vois c'te trique ? C'est celle du vieux. Il ne craignait point de s'en servir contre les jeteuses de sorts. Cette Zéphyrine en a su quelque chose... (Brandissant la trique.) Eh ben, moi aussi, je