ACTE III
CLAIRE
Peut-être. Je me suis souvent dît que le savoir en était une.
PIERRE, lourdement angoissé.
Je ne parle point du savoir... T'es pire qu'une lépreuse qui donne la mort à qui la touche. J'aurais tué pour t'avoir... Et depuis, y a un mal qui me ronge. Me v'ià comme une bête qui refuse la nourriture... Me v'ià enchaîné à tes jupes... et plus feignant qu'un bienheureux. Sur un seul mot de toi, j'ai lâché la Dent Rouge... Je peux plus exister sans toi... Tu m'as détruit et je peux pas t'ouvrir cette porte!... Si je te perdais, mon cœur s'arrêterait, je crèverais!... Ah, tout ça, tout ça... je sais bien comment y faut l'appeler...
CLAIRE, très émue, presque en pleurs.
C'est de l'amour, mon Pierre.
PIERRE, méfiant.
Non ! Ce n'est point l'amour d'un chrétien pour sa femme. C'est le sortilège qui attache les maudits à leur âme damnée !
CLAIRE
Qu'est-ce que tu dis ?
PIERRE, avec une conviction puissante et désespérée.
Je dis que tu m'as ensorcelé !
CLAIRE, iîilerdile, Pierre... Tu ne crois pas à une sottise pareille?
PIERRE, la regardant en-dessous.
Je suis pas seul à le croire... V'ià beau temps que le frère et la mère te connaissent.
CLAIRE, égarée.
C'est tellement insensé!... Tellement absurde!
PIERRE
Ouai... Fais l'innocente. Pourquoi donc que l'enfant d'une païenne d'Amérique ne serait pas sorcière ? Celles qu'on brûlait dans les vieux temps étaient filles de chrétiennes... et pourtant, elles avaient mangé le pain du Diable avant d'aller en fumée.
CLAIRE, se ressaisissant.
Voyons, mon pauvre Pierre, écoute-moi...
PIERRE, enlêlé.
Je n'écoute plus celle qui a fait pacte !
Cet été, pas plus tard que cet été... est-ce que tu ne riais pas avec moi des histoires de sorciers que la mère nous contait ?
PIERRE, sourdement obstiné.
L'été... on ne pense pas comme l'hiver. Quand je songe à d'où tu sors, quand je vois ce que t'as fait de moi, j'ai plus envie de rire.