SCENE III
LES MÊMES, LE GHEVRIER, puis JEANNE, PRAT, RIBIERS, la VIEILLE JAGQUEROD, la fille JACQUEROD.
(On entend les sonnailles annonçant rapproche du chevrier. Celui-ci dévale rapidement sur le sentier, comme au premier tableau.)
LE CHEVRIER
Hé, la Claire !
CLAIRE
Qu'y a-t-il, pâtour ?
LE CHEVRIER
Bonne nouvelle! J'ai vu ton homme sur la cime!
CLAIRE
Tu en es sûr ?
LE CHEVRIER
Ouai.
Je suis heureuse, bien heureuse pour lui !
LE CHEVRIER
Je vas prévenir la mère. (// frappe à la porte du chalet. Claire cause avec le curé). Eh, mère Tairraz, ouvrez-moi vite ! {La porte s'ouvre, Jeanne parait.) C'est vos deux gars. Je les ai vus sur la cime !
JEANNE, irès émue.
Tu ne mens point, pâtour?
LE CHEVRIER
Si je mens, que les bacans prennent mes tchiébras !
JEANNE
Seigneur Dieu! (Par lanl à F intérieur. ) Y ous entendez, vous autres? (Elle sort, suivie de Pral, de Ribiers, de la vieille et de la fille Jacquerod, Au chevrier,) A quelle heure les as-tu vus ?
LE CHEVRIER
Ce matin, vers les cinq heures; j^étais au bord du glacier, quand j'ai vu deux points noirs qui bougeaient tout en haut sur la neige et leur drapeau, comme une flamme rouge dans le mitant du ciel. Y faisait un silence! Pas un bruit jusqu^au trône de Dieu. Tout à coup, v'ià Tair qui se déchire. C^étaient eux qui ruaient des pierres en signe de contentement! Plus d'un quart d'heure de temps, les blocs ont roulé en bas de la montagne. Elle geignait, la mauvaise ! Elle sentait le pied de rhomme pour la première fois sur sa tête.
JEANNE, exultant, aux paysans.
Je savais bien qu'ils finiraient par l'avoir, la charogne! (Montrant le poing à la montagne.) Te v^là matée, carcasse !