ACTE II
l'almamy, /o«an/ le désespoir.
Aux inines de sel! Mes petites chéries I Mes deux colombes noires. Mes préférées ! Ah ! chef, si tu les avais connues ! Elles étaient agiles comme deux petites gazelles. Si tu avais vu leurs épaules, polies comme l'agate... et leurs seins I... Quatre grenades noires! Ah, mes beautés, mes bien nourries! Maintenant, des Maures farouches les poussent devant eux à coups de lanière... Elles n'ont à manger qu'un peu de mil trempé d'eau... Puisqu'il s'est trouvé un homme assez cruel pour les livrer aux marchands d'esclaves, tu vas le punir, n'est-ce pas ?
ROUGÉ, énigmaiique.
Peut-être pas.
Un tel crime va rester sans châtiment ?
ROUGÉ
Non, il y aura un châtiment. Mais ne t'occupe pas de savoir sur qui il tombera... et surtout... dans ton intérêt... ne souhaite pas trop qu'il tombe sur le coupable.
l'almamy, inquiet.
Veux-tu dire par là que tu as des soupçons sur moi?
ROUGÉ
Des soupçons ?... Non pas.
l'almamy
Je sais trop comment tu punis la traite des captifs... Si Maélik m'a accusé, il mérite la croix, ce serpent jaune I
ROUGÉ
Laisse-moi faire.
l'almamy Tout ce que ta justice décidera sera bien.
ROUGÉ
Je sais d'avance que tu seras content d'elle.
l'almamy, rassuré.
Je l'ai toujours été, ô le meilleur des chefs.
ROUGÉ
Sauf le jour où tu as empoisonné mon eau.
l'almamy, interloqué.
Moi ?... J'ai... Par Allahou, c'est un mensonge î
ROUGÉ
Je ne te reproche rien. 11 peut être délicieux d'empoisonner l'eau d'un homme qui ne vous a jamais fait de mal. Va en paix, Almamy... Et que le soir te soit favorable.
l'almamy, soulagé.
Merci de ta bonté, ô généreux !
(Il sort.)