SCÈNE VI
ROUGÉ, PRÉFAILLES, puis LE MILICIEN, un instant.
ROUGÉ, avec une feinte aisance.
Fumez-vous ?
PRÉFAILLES, qui sc promènc de long en large. Non, merci. {Debout devant Rougé.) Mon cher résident, je ne suis pas ici dans l'exercice de mes fonctions, vous le savez... Il ne m'appartient ni de critiquer, ni de juger vos actes... Ne prenez donc pas ce que je vais vous dire comme une réprimande, comme une semonce hiérarchique, mais voyez plu-
tôt dans mes questions le besoin de savoir, de comprendre, d'être délivré d'une angoisse... Après le supplice de ce chef, je me suis renseigné ; j'ai causé avec votre subordonné, avec les noirs et j'ai acquis la certitude que ce Maélik a été puni à tort... Jusqu'ici, rien d'inexplicable ; ce ne serait pas la première fois qu'un Almamy roule son résident... Mais ce qui est plus troublant, c'est que, des circonstances particulières de l'incident, il ressort nettement ceci : vous ne pouviez pas ignorer que Maélik tût innocent. Il y a là une évidence... N'importe qui l'aurait reconnue, à plus forte raison un vieil Africain comm-e vous... Alors?
ROUGÉ
Mon cher administrateur, comme vous le disiez tout à l'heure, je ne vous dois aucun compte de mes actes, et je pourrais me dispenser de vous répondre... Mais il m'est agréable de vous expliquer, à vous, ma conduite. Vous avez deviné la vérité. Je savais que Maélik était innocent.
PRÉFAILLES, sursGuianL Pourquoi diable avoir démoli cet homme à coups de chicotte ?
ROUGÉ
C'est la révélation de votre identité qui m'a replongé dans ce tourbillon de fureur et d'injustice, d'où je réussis quelquefois à émerger.
PRÉFAILLES
Vous plaisantez ?