‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 132 sur 138 · ACTE ni · texte numérisé non relu

ACTE ni

ROUGÉ, bas.

Entre nous, c'est dangereux.

PRÉFAILLES

Dangereux ?

ROUGÉ, même feu.

Vouloir le bien, c'est attirer sur soi des catastrophes.

Vous divaguez !

ROUGÉ

Vous n'avez pas remarqué lesquels, parmi les Africains, disparaissent les premiers?

PRÉFAILLES

Les faibles, les malchanc-#ux.

ROUGÉ

Ah ? Le père Méribé était-il un faible ? Le commandant Morande, un malchanceux ? Et Vissoye, du cercle de Bomaï ? Et Morel, du Borkou ? Les convaincus, les apôtres, voilà ceux que la fièvre jaune et l'hématurie enlèvent d'abord.

PRÉFAILLES

CoïncidfipQces.

ROUGÉ

Dix coïncidences font une loi.

PRÉFAILLES

Elle serait absurde, inexplicable.

ROUGÉ

Elle Test et plus encore que vous ne pensez, car l'amour du bien n'attire pas toujours la foudre sur soi-même, mais quelquefois sur d'autres, sur des inconnus, à l'autre bout du monde.

PRÉFAILLES, haussanl les épaules.

Divagations I Cette trame infernale n'existe que dans votre esprit malade I

Je vous ai entendu constater son existence il y a quelques heures.

PRÉFAILLES

Moi?

ROUGÉ

Ne disîez-vous pas que la cause réelle de la mort de ce porteur, à qui vous avez brûlé la cervelle, c'était la tendresse, la fidèle affection avec lesquelles votre femme pense à vous ? Si elle vous détestait... ou si vous la saviez seulement indifférente, vous n'auriez pas tué cet homme.

PRÉFAILLES, frappé.

En effet... {Avec angoisse.) Mais alors, si l'amour et la bonté n'engendrent que des désastres...

ROUGÉ

La réciproque est vraie ! La haine et la cruauté préservent. Vouloir le mal écarte de soi le mal. Si nous sommes encore debout, après vingt ans

Page 1