‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 131 sur 138 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

ROUGÉ

Tous ceux qu'au cours de ma vie, j'ai traités injustement... Qui sait si, à leur tour, ils ne se sont pas vengés sur d'autres ? Et ces autres, sur d'autres encore ?... Allez, une fois la source d'injustice libérée parmi les hommes, nul ne peut savoir jusqu'où elle est capable de couler... Nul, suripout, ne peut prétendre l'assécher I (Ici^ on entend, venant du viitage, le son rauque et désespéré de la trompe en corne de bœuf, deux ou trois plaintes graves et mystérieuses qui traversent la nuit, puis il se fait un grand silence. Les deux hommes se taisent et scrutent l'obscurité.) C'est singulier.

PRÉFAILLES

Est-ce qu'ils ont l'habitude de faire tam-tam, à cette heure ?

ROUGÉ

Non... D'ailleurs, ce n'est pas le bruit du tamtam. (// appelle à gauche, par-dessus la clôture.) Moussa I

LE MILICIEN, paraissant.

Commandant ?

ROUGÉ

As-tu vu rentrer madame Le Cormier ?

LE MILICIEN

Non, commandant.

ROUGÉ

C'est bien.

{Le milicien disparaît.) -

PRÉFAILLES

Elle est donc sortie ?

ROUGÉ

Oui, on est venu la chercher pour un blessé.

Elle n'a pas d'ennemis, au village ?

ROUGÉ

Non... Pourquoi cette question ?

^ PRÉFAILLES

Vous paraissez inquiet.

ROUGÉ

Je n'ai certes aucun motif de l'être. Pourtant...

PRÉFAILLES

Pourtant ?

ROUGÉ, ré fléchissant .

C'est un curieux petit être, cette madame Le Cormier... Elle veut obstinément le bien... Elle vît pour la justice...

PRÉFAILLES

Eh bien?

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