ACTE III
ROUGÉ
Tous ceux qu'au cours de ma vie, j'ai traités injustement... Qui sait si, à leur tour, ils ne se sont pas vengés sur d'autres ? Et ces autres, sur d'autres encore ?... Allez, une fois la source d'injustice libérée parmi les hommes, nul ne peut savoir jusqu'où elle est capable de couler... Nul, suripout, ne peut prétendre l'assécher I (Ici^ on entend, venant du viitage, le son rauque et désespéré de la trompe en corne de bœuf, deux ou trois plaintes graves et mystérieuses qui traversent la nuit, puis il se fait un grand silence. Les deux hommes se taisent et scrutent l'obscurité.) C'est singulier.
PRÉFAILLES
Est-ce qu'ils ont l'habitude de faire tam-tam, à cette heure ?
ROUGÉ
Non... D'ailleurs, ce n'est pas le bruit du tamtam. (// appelle à gauche, par-dessus la clôture.) Moussa I
LE MILICIEN, paraissant.
Commandant ?
ROUGÉ
As-tu vu rentrer madame Le Cormier ?
LE MILICIEN
Non, commandant.
ROUGÉ
C'est bien.
{Le milicien disparaît.) -
PRÉFAILLES
Elle est donc sortie ?
ROUGÉ
Oui, on est venu la chercher pour un blessé.
Elle n'a pas d'ennemis, au village ?
ROUGÉ
Non... Pourquoi cette question ?
^ PRÉFAILLES
Vous paraissez inquiet.
ROUGÉ
Je n'ai certes aucun motif de l'être. Pourtant...
PRÉFAILLES
Pourtant ?
ROUGÉ, ré fléchissant .
C'est un curieux petit être, cette madame Le Cormier... Elle veut obstinément le bien... Elle vît pour la justice...
PRÉFAILLES
Eh bien?